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Full text of "SAINT BRANDAN"

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Illlllllllll 

60008311 6P 



V0YQ4GES iSMETiVEILLEUX 



DE 



SAINT BRANDAN 






LES 

VOr(ylGES SME^VEILLEUX 

DE 

SAINT BRAN DAN 

A LA RECHERCHE 

PARADIS TERRESTRE 

L&GE7CDE E:K VEIi^ 



D'apris le Manuscrit du Mmie Britannique 



FHANCISQUE-MICHEL 





A. CLAUDIN, EDITEUK 
3, Rue Gufn^aud, 3 

MDCCCLXXVlli 

2S^s . c . la ■ 



,* 



INTRODUCTION 




N racontait que, vers le milieu du 
vi« sidcle, un moine nommd Baron- 
tuSy revenant de courir la mtr, vint 
demandftr Thospitalit^ au monastdre 
de Cluainfert. L'abbe Brandan le pria 
de r^jouir les fr^res par le recit des merveilles deDieu 
qi^il avait vues dans la grande mer. Barontus leur r6- 
v^la I'existence d'une lie entouree de brouillards, ou 11 
avait laiss^ son disciple Meraoc : c'est la terre de Pro^ 
mission que Dieu reserve k ses saints. Brandan, avec 
dix-sept de ses religieux, voulut aller a la recherche de 
cette terre myst^rieuse. lis montdrent sur une barque 
de cuir, n'emportant pour toute provision qu'une outre 
de beurre pour graisser les peaux. Durant sept ann^es, 
lis v^curent ainsi dans leur barque, abandonnant k 



VI INTRODUCTION 

Dieu la voile et le gouvernail, et ne s'arr^tant que pour 
c^lebrer les fetes de No^l et de Piques, sur le dos du 
roi des poissons, Jasconius. Chaque pas de cette odys- 
s^e monacale est une merveille ; chaque ile est un 
monastere, oh le^ bizarreries d'une nature fantastique 
r^pondent aux ^trangetes d'une vie tout ideale. Ici c^est 
Vile des Brehis, oil ces animaux se gouvernent eux- 
mSmes selon leurs propres lois ; ailleurs, le Paradis des 
Oiseaux, ou la race ailee vit selon la rdgle des religieux, 
chantant matines et laudes aux heures canoniques. 
Brandan et ses compagnons y c^l^brent la P&que avec 
les oiseaux, et y restent cinquante jours, nourri$ uni- 
quement du chant de leurs botes. Ailleurs, c'est Vile 
Ddlicieusej id^al de la vie monastique au milieu des 
flots. Aucune necessite matdrielle ne s'y fait sentir ; les 
lampes s'allument d'elles*m^mes pour les offices et ne 
se consument jamais; c'est une lumi^re spirituelle. 
Un silence absolu r^gne dans toute Tile; chacun salt au 
juste quand il mourra; on n'y ressent ni froid, ni 
chaud, ni tristesse, ni maladie de corps ou d'esprit. 
Tout cela dure depuis saint Patrice, qui Ta regie ainsi. 
La Terre de Promission est plus merveilleuse encore : 
il y fait un jour perpetuel ; toutes les herbes y ont des 
fleurs, tous les arbres des fruits. Quelques hommespri* 



INTRODUCTION VII 

vil^gi^s seuls Font visit^e. A leur retour, on s'en aper« 
9oit au parfum que leurs vetements gardent pendant 
quarante jours (;). 

Telle est Tanalyse que M. Renan donne de la fa« 
meuse l^gende de saint Brandan. Ce rapide aper(u, des* 
tin^ aux gens du monde friands de beau style, pent leur 
suffire ; mais il est incomplet, et les amis des anciens 
textes franfais que rebuterait la lecture d'un vieux 
po^me anglo-nonnand depourvu de glossaire, ne sau- 
raient se passer d^un tel conducteur au milieu des obs- 
curites du langage d'un copiste ignorant. Nul doute 
que ce ne soient ces difficult^s qui aient fait reculer les 
lynx de T^cole allemande, occupes k glaner dans un 
champ moissonn^ bien avant eux. 

Apr&s Fexpos^ de la legende de saint Brandan par 
M. Renan, T^minent ecrivain continue ainsi : « Au mi- 
lieu de ces rSves apparait avec une surprenante v^rite 
le sentiment pittoresque des navigations polaires: la 
transparence de la mer, les aspects des banquises et des 
lies de glace fondant au soleil, les phenomenes volca- 
niques de Tlslande, les jeux des c^taces, la physionomie 
si caracteris^e desjiords de la Norvege, les brumes su- 

(i) Essais de Morale et de Critique, par Ernest Renan, troisi&me 
^ition. Paris, 1868, in-8, p. 44, 445. (LaPoisiedes races celtiques.i 



VIII INTRODUCTION 

bites, la mer comme du lait, les lies vertes couronn^es 
d'herbes qui retombent dans les flots. Cette nature fan- 
tastique creee tout expr^s pour une autre humanity, 
cette topographie Strange, k la fois ^blouissante de 
fiction et parlante de r^alit^, font du po^me de saint 
Brandan une des plus ^tonnantes creations de Tesprit 
humain et Texpression la plus complete peut-^tre de 
I'id^al celtique. Tout y est beau, pur, innocent : ja« 
mais regard si bienveillant et si doux n'a ete jetd sur le 
monde ; pas une id^e cruelle, pas une trace de faiblesse 
ou de repentir. C'est le monde vu k travers le cristal 
d'une conscience sans tache : on dirait une nature hu- 
maine comme la voulait Pelage, qui n'aurait point 
p^ch^. Les animaux eux-m^mes participent k cette dou- 
ceur universelle. Le mal apparatt sous la forme de 
monstres errant sur la mer, ou de Cyclopes rel^gu^s 
dans des iles volcaniques ; mais Dieu les detruit les uns 
par les autres, et ne leur permet pas de nuire aux 
bons (i).9 

Saint Brandan, dont la l^gende nous occupe, a 6x6 
Tobjet de tant de notices, que nous chargerions inu- 
tilement ces pages si nous voulions enum^rer tous les 

(I) Essais de Morale, etc., p. 445, 446. 



INTRODUCTION IX 

dcrivains qui en ont parl^. Nous nous bomerons k 
renvoyer au grand recueil des BoUandistes (i), a une 
savante publication du regrettable ^v^ue de Bre- 
chin (2], et au beau travail de W. Reeves, sur la vie de 
saint Columba (3). 

Nous ne dirons rien non plus des diiferentes redac- 
tions de la l^gende de saint Brandan, non-seulement 
en fran9ais, mais dans la plupart des langues de I'Eu- 
rope : M. Jubinal a publie une monographic du moine 
irlandais, en t^te de laquelle on trouve tout ce que 
Ton pent d^sirer h. ce sujet (4), si ce n'est la raison qui 
avait valu k la l^gende la faveur d'une reine (5). 



(i) Acta Sanctorum Maii, t. in, p. 599-603. 

(2) Kalendars of Scotish Saints, etc., by Alexander Penrose 
Forbes. Edinburgh, mdccclzzii, in-4, p. 384-287. 

(3) Lives of saint Columba , written by Adamnan, Edinburgh, 
1874, in-8, b. Ill, ch. IV; p. 195, 285. 

(4) La Ligende latine de 5. Brandaines, avec une traduction 
inidite en prose et en poitie romane, etc. Paris, mdccczzzvi, in--8. 
Voyez aussi le Saint Brandan^ etc., de M. Thomas Wright, Londres, 
1842, in-8, et le travail de M. Hermann Suchier, qui sert d'introduc- 
tion k son ^ition da voyage de saint Brandan public dans les Roma" 
nische Studien d'Eduard Boehmer, Heft v (Schluss des ersten Band). 
Strassburg, 1873, in-8. 

(5) La Idgende de saint Brandan semble avoir M particuliirement 
populaire en Flandre, si Ton en croit du moins Tauteur du Roman de 



X INTRODUCTION 

Avant lui, avant nous-m^me (i), Vabb6 de la Rue avait 
fait connaitre le poSme que nous publions ici (2]. II 
est conserve au Musee Britannique, dans la Biblio- 
th^que Cottonienne, sous la marque Vespasianus, 



Bauduin de Sebourc, qui s*en est empar6 apr&s I'avoir travestie d'une 
fa9on Strange. Arriv6 au Paradis, 

Plaints vit Baudewins ou liu terrestre droit; 

Aussi fist Pollibans, qui aveuc lui estoit, 

Qui puis fu sains Brandons appelMs de son droit. 

A Saint-Amant, k Bruges, illoec on trouveroit 

Cheste matere-chi, qui veioir Ti vauroit. 

Chant XV, v. 333 ; t. II, p. 54. 

Encor poet-on, k Bruges, saint Brandon voirtrouver, 

Ou moustier Saint-Amant le fait-on aourer; 

Et sa vie tesmongne, qui point n'en doit fausser, 

Qu*aToec Baudewin fu en palagre de mer 

En paradis terrestre et k Judas parler; 

Et fu si pr&s d'enfer, che est chertain et clair, * 

Que de brandons le virent 11 deable geter, 

Et pour che le poet-on saint Brandon appeler. 

Munes fu d'une abbie et abb6s volt finer , 

Ensi con vous orr6s ou livre raconter. 

Ibid., V. 58 1; t. II, p. 61. 

(x) Roman de la Violette, etc. Paris, 1834, in-8,p.xlviij.--i?ap- 
ports au ministre de I'Instruciiou publique, dans la Collection de 
Documents inidits sur I'Histoire de France, etc, Paris, mdgcczxzit, 
in-4, p. 165-170. 

(3) Essais historiques sur les Bardes, les Jongleurs et les Trou- 
vkres, etc., t. 11, p. 66-87. 



INTRODUCTION XI 

B. X., et commence au folio i recto. Le d^but de Pou- 
vrage montre qu'il fiit compost par Tordre d'Alix de 
Louvain, femme d'Henri !•', roi d'Angleterre, c'est-k- 
dire vers 1121 ; mais le manuscrit est loin d'avoir cet 
dge, et le copiste, en reproduisant un original plus an- 
cien, a consid^rablement git6 un texte qui autrement 
eilt ^te des plus precieux* Nous nous sommes born^ a 
le presenter tel qu'il est, sans aucune tentative pour 
I'dclairdr, si ce n'est par une ponctuation severe, une 
accentuation des plus sobres, et une analyse destinee k 
remplacer un glossaire-index. 

Aprds un exorde ou Tauteur fait Tdloge de « donna 
Aaliz (i), » et prdsente k la reine les compliments d'un 
« danz Benediz » auquel il donne le titre d'apostoiles, 



{i) De son cdt6, un autre rimeur de T^poque s'exprime ainsi sur 
son compte au d^but de son Bestiaire : 

Philippe de Taun en franceise raisun 

Ad estralt Bestiaire, un livere de gramaire, 

Pur Tonur d*une gemme, ki mult est bele femme ; 

Ali^ est num6e» relne est corunde; 

Relne est de Engleterre, sa ame n'ait )k guere I 

En ebreu en verity est Ali^ laus de D6. 

Popular Treatises on Science written during the 
Middle Ages, edit, by Thomas Wright. London, 
M.Dccc.xu , in-8 , p. 74. Cf. Biographia Britannica 
liter aria, vol. II (Anglo-Norman Period), p. 154. 



v;^ 



XII INTRODUCTION 

plus gdn^ralement affect^ au pape(yers i-iS), le rimeur 
entame la biographie de saint Brandan et le suit jus* 
qu'au moment oii, devenu moine, puis abb6, le descen- 
dant des rois d'lrlande con9ut Tid^e d'aller k la ddcou- 
verte du Paradis terrestre (19-47). H voudrait voir 
^galement le s^jour des bienheureux et des damn^s 
(61-72). II commence par se confesser k un saint her- 
mite nomm^ Barinj, et lui demande conseil. Celui-ci 
lui raconte ce qu'il avait vu sur terre et sur mer dans 
un voyage a la recherche de son iilleul, nommd Mer^ 
noc (73-86). Plus curieux et plus aventureux que son 
abb^ et son parrain, Memoc s'^tait mis en mer et avait 
aborde dans une tie ou il avait respird le parfiim des 
fleurs du Paradis et entendu les concerts des anges 
(87-100). Plus r^solu que jamais k faire son p^leri- 
nage, Brandan choisit quatorze de ses meilleurs moines 
et leur fait part de son projet. Tous Tapprouvent et 
lui demandent de Taccompagner. II y consent et fait 
ses preparatifs de voyage (ioi-i56). II se met en route 
vers la grande mer, et vient k un endroit dont I'auteur 
donne la description (157-172). Une barque y est con- 
struite et rev6tue de cuirs de boeuf, puis avitaill^e pour 
quarante jours seulement (173-184). 
A peine le pieux voyageur est«il embarqu^ qu'il voit 



INTRO-DCrCTION XIII 

accourir vers lui trois de ses moines, qui le supplient 

de les prendre avec lui. Brandan pr^voit que deux 

d'entre eux tourneront a mal ; toutefois il Mnit tous 

ses compagnons de voyage, et ils gagnent la haute mer 

(i85-2i8]. Aprds avoir navigue pendant quinze jours, 

le vent tombe, et le courage des moines commence k 

faiblir. Brandan cherche a le leur remonter, et nos 

navigateurs novices voguent a la rame sans savoir ou 

ils vont, mais li bout de force et de vivres, et en proie 

k une grande frayeur (219-240). Au bout d'un mois, ils 

voient une grande terre vers laquelle le vent les pousse, 

mais sans aucun point ou ils puissent aborder ; ce n'est 

que trois jours apr^ qu'ils trouvent un port, ou ils dd- 

barqu^nt (246-260). lis vont de la a un chlteau mer- 

veilleux, mais desert. Brandan envoie ses moines a la 

ddcouverte, et ils reviennent charges de vivres et d'ob- 

jets de prix. Aprds un bon repas, ils se livrent au 

repos (261-308). 

lis dtaient endormis, quand Fun d'eux, tent6 par le 

ddmon, se l^ve et ddrobe un hanap d'or. Brandan le 

voit, mais ne le ddmasque que trois jours apres, et prd« 

dit la mort du coupable en ddpit de ses suppliantes ar- 

deurs (309-340). Cest en vain que le diable intervient; 

le larron meurt, mais non sans avoir re(u Tabsolution 

b 



XIV INTRODUCTION 

et la communion (341-354). Arrive un messager avec 
des provisions et des paroles d'encouragement, et, 
ayant repris la mer, ils arrivent a Vile dts Brebis 
(355-390). Brandan leur annonce qu'ils y passeront 
trois jours et y feront la Pique. Le samedi, un autre 
messager vient leur apporter du pain, et leur donne des 
particularit^s concernant le pays et des instructions sur 
leur route (391-434). 

Brandan remet a la voile et prend terre dans une 
autre tie, ou ils celebrent Toffice de la nuit et du ma- 
tin et apprStent ensuite leur repas ; mais, k peine sont- 
ils assis qu'k leur grande frayeur Tile se met en mouve- 
ment. Le saint leur explique que ce n'est pas une 
terre, mais un poisson gigantesque (435-479). 

Continuant leur odyss^e, nos voyageurs abordent au 
Paradis des Oiseaux. L'un d'eux parle a Brandan ; il 
lui raconte par quel concours de circonstances d'anges 
ils sont devenus des hdtes de Tair, et il lui predit Tave- 
nir (480-553). Rigoureux observateurs de la r^gle, les 
pieux cdnobites n'omettent rien de leurs devotions ; ils 
re; oivent plusieurs visites de cette esp^ce d'ange gar- 
dien, et repartent aprds avoir radoub^ leur barque 
(534-621). Pendant quatre mois, ils continuent k cou- 
rir la mer sans pouvoir aborder ; ce n'est que Ic 



INTRODUCTION XV 

sixieme qu'ils peuvent prendre terre et calmer leur 
soif (622-654). Un vieux moine accourt a la rencontre 
de Brandan avec les plus grandes marques de respect; 
il le conduit, avec les autres, vers son abbaye, d'ou 
sortent en procession, pour les recevoir, Tabbd et tous 
ses religieux (655-695). Apr^s un ofBce de courte du- 
ree, un repas leur est servi, pendant lequel tous se 
taisent, si ce n'est les lecteurs. On se rend ensuite a 
r^glise, puis au dehors, et Tabb^ raconte aux nou- 
veaux venus les particularitds de la maison et de son 
fondateur, saint Albeu (696-779). 

A Toctave de TEpiphanie, Brandan et ses compa- 
gnons reprennent la mer. En proie a une soif ardente, 
ceux-ci boivent outre mesure, sourds aux recommanda- 
tions de leur abb^. II les ram^ne dans le pays ou ils 
avaient ^te Tannde pr^c^dente, leur vieil bote leur pro- 
digue des soins, et ils font la Cene. Le Samedi saint 
ils s'eloignent et naviguent sur le poisson, gardien 
fidele de la chaudi^re qu'ils avaient laissee sur lui. 
C'est Ik qu'ils celfebrent la P^que (780-845) (i). lis visitent 



(i) Le mSme r^cit concernant la baleine se trouve dans le Bestiaire 
de Philippe de Than : 

Cetus ceo est mult grant beste, tut tens en mer converse ; 
Le sablon de mer prent, sur sun dos Testent , 



XVI INTRODUCTION 

de nouveau Vile des Oiseaux (i), et n'y sont pas plus 
mal accueillis. A leur depart, un des h6tes de ce lieu 
descend des plaines de Tair et, comme la premiere fois, 
il annonce aux voyageurs ce qu'ils feront. Au moment 
de la separation, ceux-ci et le vieillard fondent en 
larmes (846-893]. 

Pousses k Touest par le vent, ils rencontrent une 
mer dormante sur laquelle ils ne voguent qu'avec peine 
et ou ils soufFrent du froid (2). Deux monstres marins 



Sur mer s*esdrecerat, en pais si esterat. 
Li notuners la veit, quide que ille sait. 
Hoc vait ariver sun canrei aprester. 
Li balain le fu sent e la nef e la gent : 
Lores se plungerat, si il pot, sfs neierat. 

Popular Treatises on Sciencey etc., p. 108. 

Dans le Livre d'Exeter, il y a une cariease description , en vers 
anglo-saxons, de la baleine, description qui ressemble d'une mani&re 
frappante k I'article correspondant du vieux trouv&re. Voyez Codex 
Exoniensis, a Collection of Anglo-Saxon Poetry^ publ. by Benjamin 
Thorpe. London, 1842, grand in-8, p. 36o-365. 

(i) La carte catalane de Gabriel de Vall-Secqua, datte de 1439, et 
sur laquelle figure Farchipel des A9ores, offre en cet endroit une 
l^gende avec le nom de la Ylla de Osels. Voyez Notice des d^cou^ 
vertes faites au moyen age dans VOcian Atlantique, etc. (Paris, 
1845, in-8, p. 32), par M. d'Avezac, auteur d'un autre M^moire paru 
la meme annde sous ce titre : Les lies fantastiques de VOcian occi- 
dental 

(2) Serait-ce cette mer bet^e dont le nom employ^ pour designer 



INTRODUCTION XVII 

viennent accrottre leurs angoisses par la vue d'un com- 
bat acham^ qui se termine par la mort de Tun d'eux 
(894-953). Le lendemain ils debarquent et voient 
^houer au rivage une portion du poisson. Ils s'en re- 
paissent, et se ravitaillent pour trois mois (954-1001). 



une mer lointaine, figure dans le Roman de la Charrette, y. 5oo9, 
dans la Chanson d'Antioche, f VII, v. 11 5, dans celle d*Aubri le 
Bourguignon (Ms. fran9ais de la Biblioth^ue nationale, no 860, 
fbl. 306 recto, col. 3, v. 33), et dans celle de Fierahras en proTeB9al, 
6dit. d*I. Bekker, v. 3747 ; dans le Roman du comte de Poitiers^ p. 53, 
V. 1363 ; dans celai du Renart, t. Itl, p. 309; et dans celui de Bau- 
duin de Sebourc, ch. xvi, v. 11 56, t. II, p. 133? M. Littr^, don- 
nant place, k Tarticte 3 BSton de son grand Dictionnaire (tome i, 
p. 335, col. 3), k Tadjectif betiet le traduit parcet autre, gelie; mais 
il est permis de s'^ever contre une pareille interpretation. Cest dans 
la mer betde que.Fauteur de Y Image du Monde, chapitre d'Aufirique 
et de ses regions, place TAtlantide de Platon, se pronon9ant ainsi sur 
une question qui depuis a tant divis6 les savants. Or, que fait dire le 
philosophe grec k Tun des interlocuteufs de son Timie? « L*71e 
Atlantide s'enfon9a dans les eaux et disparut: d'oili vient que mainte- 
nant encore on ne pent parcourir cette mer et la connattre, parce que 
la navigation est emp8ch6e par la vase trfcs-profonde que r!le a 
form^e en s'abtmant. » [Etudes sur le Timie de Platon, par 
Th.-H. Martin. Paris, 1841, in-80, 1. 1, p. 79.) Sans recourir k d'autres 
autorit^s, par exemple, au Fierahras fran9ais public en 1860, oCi, 
p. 86, v. 3840, roge mer est donn^ comme T^quivalent de mar betada, 
sans all^guer non plus le Livre de Sydrac, citd par Raynonard 
[Lexique roman, t. II, p. 316, col. 3), on pent affirmer que cet 
adjectif, qu*il n*a pas plus compris que M. Littr^, signifie coaguUe, 
conservant ainsi un vague souvenir d'une tradition antique. 

b. 



XVIII INTRODUCTION 

A ce combat en succede un autre entre un griffon et un 
dragon; il se termine par la mort du premier ( 1 002-1 o3 1). 

Le jour de la f§te de saint Pierre, Brandan cel^bre 
la messe avec des Eclats de voix qui effraient ses com- 
pagnons entoures de monstres marins; mais, au lieu 
de leur faire du mal, ceux-ci prennent part k la f§te et 
se dispersent ensuite (io32-io63). 

Le premier spectacle qui se presente apr^s aux yeux 
de nos voyageurs est celui d'un riche pilier qui soutenait 
en mer un pavilion splendide somptueusement meu- 
bl^. Brandan cingle de ce c6te, celebre la messe sur un 
autel d'^meraude, et s'eloigne en emportant un calice 
de cristal des plus precieux (1064- 1097) ; mais bientdt 
la scdne change : c'est un lieu horrible. Les moines 
cherchent k s'en eloigner ; mais le vent les y pousse, et 
leur guide les informe qu'ils sont k la bouche de TEnfer. 
Le trouv^re donne la description du sejour des damnes 
(1098-1211) (i). 



(i) Dins Aliscans, p. 171, v. SySi, le roi Margot de Bocident est 
repr6sent6 comme tenant en fief les tours d'Arcaise , dessous Tabime 
d*o£l sort le vent. Suivant le bruit populaire, c'est \k que descendait 
Lucifer. Apr^s ce royautne il n*y avait que Sagittaire et N^ron. qui 
vivaient d'^pices et d*odeur de piment, le bl£ faisant compl^tement 
d^faut dans ce canton recul^. Non loin se trouvait le grand arbre qui 
fendait deux fois Tan « par rajonisement. • Get arbre, que saint Bran- 



INTRODUCTION XIX 

Plus loin, Brandan rencontre un rocher sur lequel 
se tenait un homme nud, qui embrassait un pilier pour 
r^sister h la fiireur des flots. Aux questions du saint 
homme, Judas Iscariote (car c'etait lui) raconte sa 
lamentable biographie, terminee par un suicide. Bran- 



dan ne semble pas avoir va, est mentionnd dans une aatre chanson de 

geste du mSme cycle (Ms. de la Biblioth^que nationale, noSyS, fol. 

266 recto, col. 4, v. 46) et dans li Romans de Bauduin de Sebourc, 

chap. XXII, V. 284 et 307; t. II, p. 283, 284. H est probable que cet 

arbre qui fend n'est autre chose que TArbre Sec, nommd et d^crit iila 

p. 53 du mSme tome II, et nomm^ aussi dans le Roman du comte 

de Poitiers, p. 54 et 68, v. 1287 et i636. Nos vieux rimeurs appe- 

laient ainsi un pays fabuleux, qu*ils pla9aient k Textrdmit^ orientale 

de TAsie. U6mir du Sec-Arbre, ou d'Outre le Sec-Arbre, est Tun 

des personnages du Jeu de saint Nicolas, par Jean Bodel, d* Arras. 

Voyez le Thidtre Franpais au moyen age, p: 171, 173, 175. Enfin, 

dans le Propriete\ des Bestes, public par M. Berger de Xivrey 

(Tradition^ tdyatologiques, etc. Paris, u dccc zxxVi, in-8, p. 541), il 

est fait mention de la fontaine de Paradis, « sur laquelle est Tarbre 

sec, qu*on nomme Varbre de vie, qui depuis assechea par le p6ch6 

d'Adam. » La rue de TArbre-Sec, qui prend depuis le derri&re de 

Saint-Germain TAuxirrois, jusqu'i la rue Saint-Honord, a tir6 son 

nom d'une vieille enseigne que Ton voyait encore du temps de Sauval 

{Hist, et Antiquitis de la ville de Paris, 1. 1«, p. 109), et dont le sujet 

avait €xi enipriint^ k la I^gende. 

Dans le Bulletin de la Sociiti de Gdographie, livraison de mars 
1843, p. 187-194, on lit une Notice sur TArbre du Soleil, ou Arbre 
Sec, d^crit dans la relation du voyage de Marco Polo, par M. Roux de 
Roidhelle: 



XX INTRODUCTION 

dan ne voit rien du supplice de ce miserable; mais il ap- 
prend que Judas n'a de rdpit que tous les dimanches 
du matin jusqu'au soir, depuis No6l jusqu'k TlBlpipha-* 
nie, de P§ques k la Pentecdte et aux f(§tes de sainte 
Marie (12 12-1439]. 

£mu de pitie, Brandan pleure h chaudes larmes, et 
fait k Judas quelques questions au sujet d'un drap qui 
lui couvrait la face et de la pierre sur laquelle il etait 
assis. Les demons s'appr^tant k tourmenter leur vic- 
time, le saint la protege contre eux (1440- 1487). 

Brandan se remet en route avec ses compagnons, 
tous confiant en Dieu. S'etant comptes, ils trouvent que 
Tun d'eux manque k Tappel, et leur abb^ leur dit dq ne 
point s'en inquieter attendu qu'il est juge (1488-1 5o5). 

Arrivd k un pic isol6 qui se dresse dans la mer, 
Brandan leur annonce qu41 debarquera seul et leur dd- 
fend de le suivre. II gravit la montagne et marche 
assez longtemps sans rien rencontrer. II arrive h la fin 
k une cabane, d'ou sort un homme qui semblait reli- 
gieux. Celui-ci appelle Brandan, le baise et lui dit 
d'amener tous ses compagnons. Brandan les fait venir, 
et Termite (car e'en dtait un) les revolt avec les m^mes 
temoignages d'amitie. II se nomme et donne des details 
sur sa vie (i5o6->i563). Le plus curieux est qu'il avait 



INTRODUCTION XXI 

pour unique serviteur et pourvoyeUr une loutre. Au 
bout de trente ans, cet animal ayant discontinue ses 
services, Termite Paul avait vecu d'eau pure et ainsi 
atteint Vige de cent quarante ans. II finlt par prddire 
k son auditeur qu'il arrivera au Paradis qu'il avait en 
vue, et il le congedie en lui donnant de cette eau mer- 
veilleuse qui apaise la faim comme la soif(i 564-1 607). 
Brandan reprend la mer et reldche le Jeudi saint. 
Le jour suivant, ses moines et lui vont au poisson et y 
font la f(8te comme les annees precedentes (i 608-1 621). 
Us se rembarquent ensuite et se dirigent vers Vile des, 
Oiseaux. lis y s^journent deux mois et attendent la 
bonne conduite de Thdte^bligeant qui doit faire route 
avec eux. Le brave homme les avitaille de son mieux. 
Ainsi lestes, ils voguent pendant quarante jours sans 
voir autre chose que le ciel et Teau (1622- 1643]. 
Enfin nos p^lerins approchent de la nuee qui enve- 
loppe le Paradis ; le trouvdre en donne une longue 
description avant de passer k celle du Paradis, oii ils 
arrivent apr^s avoir mis trois jours k franchir cette 
atmosphere (1644- 1702). Brandan et ses compagnons 
tendent tout droit k la porte ; mais ils sont arretes par 
des dragons de feu et par un glaive suspendu k I'entr^e. 
Bientdt s'ofire k leur vue un beau jouvencel, messager 



XXII INTRODUCTION 

de Dieu, qui les invite k descendre. lis le suivent, et 
contemplent toutes les merveilles du Paradis terrestre 
( 1 703-1765). Brandan ravi de tout ce qu'il voit, et des 
concerts par lesquels les anges c^l^brent leur arrivee, 
voudrait pdnetrer dans le sejour des bienheureux ; mais 
11 en est emp^ch^ par son conducteur, qui, apres lui 
avoir fait part de cette defense, lui annonce qu'il sera 
plus heureux une autre fois et Tengage k emporter des 
pierres de Tendroit pour se consoler (i 766-1799). Bran- 
dan s'en va porteur de ces souvenirs, sous la conduite 
du m6me jouvencel et muni de sa benediction. Les 
pelerins laissent leur bote dans le Paradis, et, apr^s 
une heureuse navigation de trois ^mois, lis sont de re-, 
tour en Irlande. La nouvelle s'en etant rdpandue dans 
le pays, la joie est universelle. Brandan raconte k ses 
moines tous les details de son odyssde, et, k son 
exemplej plusieurs* d'entre eux deviennent des saints. 
Arrive au terme de sa carriere, le pieux abbe va au 
sejour que Dieu lui avait destine, laissant le souvenir 
d'une vie pleine d'^dification (i 800-1 833). 

L'analyse que nous venons de donner ^tait d'autant 
plus necessaire, que le vieux tcxte anglo-normand est 
plus obscur et se refuse au secours qu*un autre pour- 
rait recevoir d'un glossaire. Un savant philologue 



INTRODUCTION XXIII 

allemand, M. Hermann Suchier, a public* en entier, 
pour la premiere fois, le poSme du manuscrit cotto- 
nien; mais comment Ta-t-il reproduit? A Tallemande, 
c'est-k-dire diplomatico more, sans ponctuation ni 
aucun des autres signes sans lesquels un guvrage en 
langue vulgaire du xii« simple est k peu pr^s inintel- 
ligible, si ce n'est pour quelques adeptes dont le 
nombre ne d^passe point celui des doigts de la main. 
Si nous avions k justifier cette reprise d'un poSme d6]k 
mis compl6tement en lumi^re, nous ajouterions qu'il 
est presque noy^ dans un recueil allemand peu r^pandu 
chez nous, bien qu'il renferme d'assez bonnes choses. 



La reaction originale du trouvdre anonyme que 
nous publions pour la seconde fois, fut revue et cor- 
rigee au xiii^ siecle ; nous avons ce rifacimento dans un 
manuscrit de la Biblioth^que de T Arsenal, cote Belles- 
Lettres Fran9aises n» 283, in-folio. II commence ainsi 
au recto du feuiliet c j., col. 3 : 

Seignor, oi^s que jo dirai, 
D'un saint home vos conterai : 
D'Yrlande estoit, Brandans ot non, 
Molt ert de grant religion. 



XXIV INTRODUCTION 

Icist bons horn fu n6a d^ rois, 
Del lignage fu as Yrois ; 
Force qu^il ert de roial lin, 
Entendi miex k bone fin. 
Bien sot que I'Escripture dit : 
Qui de cest mont fuit le delit, 
O Deu el ciel tant en avra 
Que plus demander n'en safTra. 
For ce guerpi les roials oires, 
Les fauses onurs por les voires. 
Dras de moine, por estre vil 
En cest sieclecom en escil. 
Si refut I'ordre et les abis, 
Fuis fu ab^s par foice eslis. 
Far Tart de lui molt en i vindrent. 
Et qui a I'ordre bien se tindrent. 
lij. M. moines par divers lieus 
Avoit SOS lui Brandans li pieus, 
Et de lui prisent tot example 
Par sa vertu, que molt fu ample. 
L'ab^s Brandans ot en purpens, 
Com cil qui estoit de grant sens, 
De grans conseus et de molt ruistes, 
Comme cil qui estoit forment vistes ; 
De Deu proier ne faisoit fin 
For lui et por trestot son lin 
Et por les mors et por les vis, 
Car k trestot estoit amis; 



INTRODUCTION XXV 

Mais d*une rien li prist talent, 
Dont il prioit Deu plus sovent, 
Qu'il li mostrast eel paradis 
U Adans fii premiers assis, 
Icel qui fu nostre yret6, 
Dont nos somes desiret^, etc. 

La redaction fran9aise dont nous venons de donner 
ie debut, et que feu Jubinal a eu le tort de n^gliger, se 
termine ainsi au folio c. v. verso, col. 4, du manuscrit 
de I'Arsenal : 

Quant vint li tans que il fina, 
Rala ou Dex li destina; 
El regne Deu \k rala->ily 
Par lui en vont pluisor que mil. 
Li Rois del del doinst paradis 
A nos et k tos nos amis ! 
Dites Amen, que Dex Totroit, 
Si faites bien et tos tans droit : 
Dex vos fera le grant pardon. 
Si com il fist saint Lasaron. 

Explicit de saint Brandan. 



LA LEGENDE 



SAINT BRANDAN 




I ONNA Aaliz la rcine, 
Par qui valdrat lei divine, 
Par qui creistrat lei de terre, 
E remandrat tante guerre 
Por les armes Henri lu rei 

E par le cunseil qui ert en tei , 

Salvet tei mil e mil feiz 

Li apostoiles danz Benediz. 

Que comandas co ad enpris, 

Secund sun sens entremis, 

En letre mis e en romanz, 

E si cum fud li leons cumanz, 



2 LA LEGENDE DE 

De saint Brendan, le bon abeth; 
Mais tu r defent ne seit gabeth. 
Quant dit que set e fait que peot, 
Itei servant blasmer n'esteot; 
Mais si qui peot e ne voile, 
Dreiz est que cil mult se doile. 
Icist seinz Deu fud ned de reis, 

20. De naisance fud des Ireis; 
Pur 90 que fud de real lin, 
Puroc entent h noble fin. 
Ben sout que le Scripture dit : 
Ki de cest mund fuit le delit, 
Del Deu de eel tailt en aurat 
Que plus demander ne saurat. 
Puroc guerpit cist reials eirs 
Les fals honurs pur iceals veirs; 
Dras de moine, pur estre vil 

3o. En cest secle, cum en eisil, 
Prist e Tordre e les habiz; 
Puis fud abes par force esliz. 
Par art de lui mult vindrent, 



SAINT BRANDAN. 3 

Qui a le ordre bein se tindre[nt] ; 

Tres mil suz lui par divers leus 

Munies aveit Brandan li pius, 

De lui pernanz tuz ensample 

Par sa vertud, que est ample. 

Li abes Brendan prist en purpens, 
40. Cum home qui est de mult grant sens, 

De grant cunseilz e de vustes, 

Cum cil qui est forment justes, 

De Deu prier ne fereit fin 

Pur sei e pur trestut sun lin 

E pur les morz e pur les vifs, 

Quer a trestuz ert amis; 

Mais de une en li prist talent, 

Dunt Deu prier prent plus suvent, 

Que lui mustrat eel parais 
5o. U Adam fud primes asis : 

Icel qui est nostre heritet, 

Dun nus fumes deseritet. 

Bien creit qu'ileoc ad grant glorie, 

Si cum nus dit veire storie ; 



4 LA LEGENDE DE 

Mais nepurcant voldreit vetheir 
U il devreit pardreit setheir; 
Mais par peccet Adam forfist, 
Purquei sei e nus fors mist. 
Deu en priet tenablement, 

60. Cel lui mustret veablement. 

Ainz qu'ilmurget voldreit vetheir 
Quel sed li bon devrunt aveir, 
Quel lu li mal aveir devrunt, 
Quel merite il recevrunt. 
Enfern pried vetheir oveoc 
E quels peines aurunt ileoc 
Icil felun qui par orguil 
Ja prennent par eols escuil 
De gurrer Deu e la lei, 

70. Ne entre eols n'en unt amur ne fai, 
Ico dunt lui pris est desir, 
Voldrat Brandans par Deu sentir. 
Od sei primes cunseilz enprent 
Qu'k un Deu serf confes se rent. 
Baring out nun cil ermite, 



SAINT BRANDAN. 

Murs out bons e sainte vitte. 
Li fedeilz Deu en bois estout, 
Tres cenz moines od lui out ; 
De lui prendrat conseil e los, 

80. De lui voldrat aveir ados, 
Cil li mustrat par plusurs diz 
Beals ensamples e bons espiz, 
Que il vit en mer e en terre, 
Quant son filiol alat querre. 
^o fud Mernoc, qui fud frerre 
Del liu u cist abes ere; 
Mais de co fud mult voluntif 
Que fust ailurs e plus sultif 
Par sun abeth e sun parin. 

90. En mer se mist en un evain, 
Quer puis devint en itel lu 
U nuls n'entret fors sul li piu : 
Co fud en mer, en un isle, 
U mals orrez nuls ne tisle, 
U fud poiiz de tel odur 
Que en parais gettent li flur ; 



I. 



6 LA LEGENDE DE 

Quer del isle tant pres en fud 
U ainz Mernoc esteit curud. 
De parais oiit la vie, 

loo. E les angeles oiit Tordie; 
E puis Barinz li le requist 
U vit icoque Brandans dist. 
Quant ot Brandan la veiie 
Que cist ont la receiie, 
De meilz en creit le soen conseil, 
E plus enprerit sun apareil ; 
De ses munies quatorze eslist, 
Tuz les meilurs quMl i vit, 
E dit lur ad le soen purpens : 

I ro. Saurat par eols si 90 est sens. 
Quant oirent i9o de lui, 
Dune en parlerent dui e dui ; 
Respundent-lui comunament 
Que 90 enprist vassalment ; 
Prierent-Pen que s' meint od sei, 
Cum les seons filz soiirs en fei. 
Co dist Brandan : « Pur eel vos di 



SAINT BRANDAN. 

Que de vos voil ainz estre fi 
Que jo d'ici vos enmeinge, 

[2o. Al repeater puis m^en prengc. » 
Gil promettent suvrance. 
Pur eols ne seit demu ranee. 
Dune prent li abes iceols illiz, 
Puis que out oit d'els les diz. 
En capitel les ad menez, 
Iloec lur dist cum home senez : 
« Seignurs, (o que pensed avum, 
Cum el est gref nus ne savum; 
Mais prium Deu que nus enseint, 

1 3o. Par sun plaisir la nus enmaint. 
E enz el nuri al Saint-Espirit 
Juine faimes, que la nus juit, 
E junum la quarenteine 
Sur les treis )urs de la semaine. » 
Dune n'i ad nul qui se target 
De f o faire qu'il lur charget, 
Ne li abes n'en nuit ne jurn 
Des ureisons ne fait tresturn 



8 LA LlfeGENDE DE 

De ci que Deus li enveiat 
140. Le angel del eel qui Taveiat 

De tut Teire cum il irat. 

Enz en sun quer cil aspirat, 

Que tres-bien veit e certement 

Cum Deus voldrat seon alment. 

Dune prent conge a ses frer6s, 

Asquels il est mult dulz peres, 

E dist lur ad de seon eire 

Cument i Deu le voleit creire. 

A sun priur tuz les concreit, 
1 5o. Dist-lui cument guarder les deit, 

Cumandet eals lui obeir, 

Cum lur abet mult bien servir ; 

Puis lur baiset Brandan e vait. 

Plurent trestuit par grant dehait, 

Que mener ne volt lur peres 

Fors quatorze de lur freres. 

Vait s'en Brandan vers le grand mer, 

U sout par Deu que dout entrer. 

Unc ne turnat vers sun parent. 



SAINT BRANDAN. 

1 60. En plus cher leu aler entent. 
Alat tant qu'en terre dure, 
Del sujurner ne prist cure, 
Vint al roceit que li vilain 
Or apelent le Salt Brandan. 
Icil s'estent duremerit luin 
Sur I'occean sicume un gruign^ 
E sur le gruign aveit un port 
Par unt la mer receit un gort ; 
Mais petiz ert e mult estreits. 

170. Del derube veneit tuz drez 
Altre, 90 crei, avant cestui. 
Ne descendit alval eel pui. 
Ci aloeces fist atraire, 
Mairen dunt sa nef fist faire, 
Tut dedenz de fust sapin. 
Defers la volst de quir bovin, 
Juindre la fist, que sculanCe 
Od Tunde fust e curance; 
Ustilz i mist tant cum estout 
180. E cum la nef porter en pout; 



10 LA LEGENDE DE 

La guarisun i mist odveoc 
Quiil aveint portetileoc; 
Ne plus que a quarante dis, 
De viande n'i out enz mis. 
Dist as freres : « Entrez en enz ; 
Deus graciez ; bons est li venz. » 

Entrent iuit, et il apres. 
Ast-vos ja tres curanz ades, 
A haUes voiz Brandan criant 

190. E lor palmes vers lui tendant : 
« De ton muster sumes metid 
E desque ci t'avum seiid. 
Lai-nus, abes, a tei entrer 
E od tei douz par mer errer. » 
II les cunut e si's receit, 
Qu'en avendrat bien le purveit. 
Co que par Deu le abes purvit, 
Ne lur celet, ains lur ad dist : 
« Les dous de vus aurat Satan 

200. Od Abiron e od Dathan. 

Le tierz de vus mult ert temptez ; 



SAINT BRANDAN. ii 

Mais par Deu ert bien sustentez. » 

Quant out go dist, Tabes Brandans 

Dunt drechet sus ambes les mains, 

E Deu priet escordement 

Les seons fetheilz guart de turment; 

E puis levet sus la destre, 

Tuz les signet li sainz prestre. 

Drechent le mast, tendent le viel, 

2IO. Vunt s'en a plain Ii Deu fetheil. 
Le orrez lur vint del orient, 
Qui's enmeinet vers Occident. 
Tutes perdent les veiithes, 
Fors la mer e des nues •, 
Pur le bon vent ne s'enseignent, 
Mais de nager mult se peinent 
E desirent peiner lur cors 
A 90 vetheir pur quei vunt fors. 
Si cururent parquinze jurs 

220. Desque li venz tuz lur fud gurz. 
Dune s'amaient tuit li frere 
Pur le vent qui falit ere. 



12 LA LEGENDE DE 

Li abes dune les amonestet, 
Que curages unc ne cesset : 
« Metez-vus en Deu maneie, 
E n'i ait nul qui s'esmaie. 
Quant averez vent, siglez sulunc ; 
Cum venz n'iert, nagez idunc. » 
As aviruns dune se metent, 

2 3o. La grace Deu mult regretent, 
Quer ne sevent quel part aler 
Ne quels cordes deient aler, 
Quel part beltrer, quel part tendre, 
Ne u devrunt lur curs prendre. 
Un meis sanz vent nagent tut plein 
Tuit li frere par nul desdeign. 
Tant cum durat lur vitaile, 
Pener pourent sanz defaile ; 
Force perdent e viande : 

240. Puroc oiirent poiir grande. 

Cum lur avient li granz busuinz, 
A ses fetheilz Deus n'est luinz : 
Puroc ne deit home mescreire, 



SAINT BRANDAN. li 

Si cil enprent pur Deu eire ; 

Tant en face cum faire pout, 

Deus li truverat co que lui estout. 

Terre veient grande e halte ; 

Li venz lur vient san[z] defalte, 

Qui de nager erent penet; 
2 5o. Sanz tuz travalz la sunt menet ;. 

Mais n'i truvent nul entrethe 

U lur nif fust eschipede, 

Quer li rocheiz ert aclose, 

U nul d'eals entrer n'ose. 

Halt sunt li pui en lur tendant 

E sur la mer en luin pendant. 

Des creos desuz la mer resurt, 

Pur quel peril i at mult fort. 

Amunt, aval, port i quistrent 
^60. E al querre treis jurs mistrent. 

Un port truvent, la se sunt mis. 

Qui fud trenched al liois bis ; 

Mais n'i unt veu fors de une nef, 

Cil fud faitiz en le roche blef. 



14 LA LEGENDE DE 

Ferment la nef , eissent s'en tuit, 
Vunt la vei[e] que bien les duit; 
Dreit les meinet k un castel, 
Qui riches ert e grant e bel, 
E rescmblout mult regal leu. 

270. De emperur mult riche feu. 
Entrerent enz denz le mur, 
Qui tuz ert faiz de cristal dur ; 
Paleiz veient tuz a marbre, 
N'i out maisun faite de arbre, 
Gemmes od Tor funt grant clarte, 
Dun li pareit sunt entailet; 
Mais une rien mult lor desplout, 
Qu'en la citet hume n'i out. 
Dune les guardent la cur palais, 

280. Entrent en enz al nun de pais. 

Enz en le palais Brandan s'es mist, 
E sur un banc puis s'asist. 
Fors sul les scens altres n'i vit ; 
Prent a parler, si lur ad dist : 
« Alez querre par ces mesters 



SAINT BRANDAN. i5 

Si rien i at dun est mesters. h 

Alerent cil e truverent 

Qo que plus dune desirercnt : 

^o fud sucurs de viande 
290. E de beivre plemet grande. 

De or e de argent la vaisele, 

Que forment fud e bone e bele, 

Quanque voldrent tut a plentet 

Trovent iloec u sunt entret. 

Le abes lur dist : « Portez-nus-ent ; 

N'en prenget trop, co vus defent, 

E priez Deu chascun pur sei 

Que ne mentet por Deu sa fai. » 

Pur CO les volt li abes guarnir, 
3oo. Quer bien purvit que ert avenir. 

Cil aportent asez cunrei 

E ne prestrent k nul desrei. 

Tant mangerent cum lur plout 

E cum idunc lur en estout. 

De Deu loer ne se ublient, 

Mais sa merci mult la crient. 



i6 LA LEGENDE DE 

Del herberger pregnent oser ; 
Quant fud I'ure, vunt reposer. 
Cum endormit furent trestuit, 

3 1 o. Ast-vos Sathan qui Tun seduit. 
Mist i'en talent prendre an emblet 
De Tor qu'il vit la ensemblet. 
L'abes veilout e bien vetheit 
Gum diables celui teneit; 
Cum le vi, tendeit un hanap de or; 
Plus riche n'i at en un tresor. 
Cil levet sus, prendre Talat 
E en repost tut Tenmalat ; 
E puis que out fait le larcin, 

320. Revint dormer en sun reclin. 
Tuit vit Tabes, u reposout, 
Cum cil freres par nuit errout. 
Pur tenebres ne remaneit, 
Sanz candeile tutle vetheit; 
Quar, quant co Deus volt mustrer, 
Sur CO n'estot cirge alumer. 
Treis Jurs entiers i sujurnerent^ 



SAINT BRANDAN. 17 

E puis al quarte s'en tumerent. 

Brandans lur dist : « Seignurs, vu pri, 
33o. Ne portez rien od vus d'ici, 

Neis un punt de cest cuntei 

Nenteins Taigue pur nul se[i]. » 

Forment plurant dist as freres : 

« Veidez, seignurs, cist est leres. » 

Cil aper9ut que i^abes sout 

Dei larcein cument il I'out 

Cuniut, k tuz confes se rent, 

A pez le abes mercit atent. 

Dis lur abes : « Priez pur lui, 
340. Vus le verrez murir encui. » 

Devant trestuz tuz veables 

Eisit criant li diables : 

« Cheles ! Brandan, par quel raisun 

Gettes-mei fors de maisun ? » 

Dist al frere co qui il volt, 

Mercit li fait, e puis Pasolt. 

Desque receut cumungement, 

Veanz trestuz mort le prent. 



i8 LA LEGENDE DP 

Le spirit en vait en parais 
35q. En grant repose u Deus Tat mis. 
Al cors firent sepulture, 
Prient Deu que prengecure. 
Gist fud un des tres freres 
Qu'en la nef recent li peres. 
Vindrent al port el rivage : 
Ast-vus mult tost un message, 
Pain lur portet e le beivre 
E si's rovet cil receivre ; 
Puis lur at dist : « Soiir seez. 
36o. Quelque peril que vus veiez, 
Aucque veiez n'aez poiir : 
Deus vus durat mult bonoiir, 
E 90 verrez que alez querant 
Par la vertud de Deu le grant ; 
E de cunrei n'en esmaiez 
Que vus ici asez n'en aiez : 
N'en frat faile disqu'en vendrez 
En eel leui u plus prendrez. » 
Parfunt clinant saisit les en, 



SAINT BRANDAN. 19 

370. Plus ne lur dist, meis alat s'en. 
Or unt vout li Deu servant 

Que il errent par Deu cumant, 

E unt pruvet tut k soiit 

Par miracle que unt voiit, 

E bien veient que Deus le paist : 

De loer Deu nuls ne se taist. 

Siglent al vent, vunt s'en ades, 

Li cunduz Deu mult lor estpres; 

Gurent par mer grant part del an 
38o. E merveilles trestrent ahan; 

Terre veient a leur espeir 

Cum de plus luin lur pout pareir, 

Drechent lur nef icel[e] part, 

E nU at nul de le nager se tart; 

Lascent cordes, meitent veil jus, 

Ariverent e sailent sus ; 

Veient berbiz k grant fuisun, 

A chascune blanche teisun. 

Tutes erent itant grandes 
390. Gum sunt li cers par ces landes. 



20 LA LEGENDE DE 

Dist lur Tabes : « Seignurs, d'ici 
Ne nus muverum devant ter di. 
Judis est oi de la Ceine, 
Cum li filz Deu suifrit peine ; 
II nus est doux et pres amis, 
Qui prestement nus ad tramis. 
Dune poura la fest[e] faire. 
Pensez de la nef sustraire; 
De icez berbiz une pernez, 

400. Ai di Pascal la cunreez. 

A Deu cunget de co ruvum, 
Altre quant nus or n'i truvum. » 

Que cumandat 190 fait unt, 
E par tres dis ileoc estunt. 
Al samadi lur vient uns mes, 
De la part Deu saluet-les. 
Fell out chanut, oilz juvenilz, 
Mult out vescut sanz tuz perilz ; 
Pain lur portet de sun pais, 

410. Grant e mult blanz, guasteus alls; 
E si lur fait nule rien, 



SAINT BRANDAN. 21 

Tut lur truverat, co promet bien. 

L'estre d'iloc Tabes enquist ; 

Ne sai so asat, mais poi Ten dist. 

Qo respundit : « Asez avum, 

Onques des quers penser savum. » 

E dist Tabes : « Berbiz ad ci, 

Unc en nul leu tant grant ne vi. » 

Respunt-Iui cil : « N'est merveille, 
420. Ja ci n'ert traite oeile, 

LMvers nen fait raencune, 

Ne d'enfertet nii mort une. 

A eel isle que tu veis la, 

Entre en ta nef, Brandan, e va. 

En eel isle anuit entras, 

E ta feste demain isras, 

Demain enz nuit en turnerez ; 

Purquei ? Si tost bien le verrez. 

Puis revendrez e sanz peril, 
43 o. Bien pres siglant de eest eostil; 

E puis irez en altre liu 

U jo en vois, e la vus siu. 



22 LA LEGENDE DE 

Mult pres d'ici la vus truverai, 
Asez cunrei vus porterai. » 

Siglet Brandan, ne 1' cuntredit, 
Vait al isle que il bien vit, 
Vent out par Deu e tost i fud; 
Mais bien grant mer out trescurud. 

440. Eissi vait qui Deus maine. 
Terre prennent; e sanz peine 
Eissent s'en fors tuit li frere, 
Fors sul I'abes, qui en ere. 
Beal se[r]vise e mult entrin 
Firent la nuit e le matin. 
Puis que ont tut fait lur servise 
En la nef cum en glise, 
Charn de la nef qu'il i mistrent 
Pur quire-la, dune la pristrent; 

460. De la busche en vunt querre, 
Dunt le manger funt k terre. 
Cum li mangers fud cunreez, 
Dist li bailis : « Or aseez. » 
Dune s'escrient mult haltement : 



SAINT BRANDAN. 23 

« A! donz abes, quar nus atent. » 

Quar la terre tute muveit 

E de la nef mult se luignet. 

Dist li abes : « Ne vus tamez, 

Mais Damne-Deu mult reclamez, 
460. E pernez tut vostre cunrei. 

Enz en la nef venez k mei, 

Jetet-lur fuz e bien luncs raps. » 

Parmi tut co muilent lur dras, 

Enz en la nef entre sunt tuit; 

Mais lur isle mult tost s'enfuit, 

E de dis luiues bien choisirent 

Le fou sur lui quMl i firent. 

Brandan lur dist : « Freres, savez 

Purquei poiir oiit avez ? 
470. N'est pas terre, ainz est beste, 

U nus feimes nostre feste*, 

Peissuns de mer sur les greinurs. 

Ne merveilles de co, seignurs. 

Pur CO vus volt Deus ci mener 

Qui il vus voleit plus asener ; 



24 LA LEGENDE DE 

Ses merveilles cum plus yerrez. 

En lui plus mult mielz crerrez. 

Primes le fist li Reis divins 

Devant trestuz peissuns marins. » 
480. Quant out 90 dist, Tabes Brandan 

Bien ad curut de mer un grant pan ; 

Veient terre halte e clere. 

Cil, cum lur out dist cil frere, 

Venent-i tost e arivent ; 

Ne del eisir ne se sivent, 

Ne pur altre rien ne dutent, 

Mais k terre la nef butent. 

Amunt un duit s'en vunt suef, 

E od cordes traient lur nef. 
490. Al chef del duit out un arbre 

Itant blanche cume marbre, 

E les fuiles mult sunt ledes, 

De ruge blanc taceledes. 

De haltece par vedue 

Muntout le arbre sur la nue; 

Des le sumet desque en terre 



SAINT BRANDAN. 2? 

La brancheie mult la serre 

E ledement s'estent par Fair, 

Umbrajet luin e tolt le clair, 
5oo. Tute asise de blancs oiseus : 

Unches nul horn ne vit tant beus. 
Li abes prent a merveiller, 

E priet Deu, sun conseller, 

QuM li mustret quel cose seit 

Si grant plentet des oiseus que veit, 

Quel leu co seit u est venuz ; 

D'ico Tasent par ses vertuz. 

Sa priere quant la laisat, 

L'un des oiseus s'en devolat. 
5 10. Tant dulcement sonat li vols 

En eschele cum fait li cols; 

E puis qu'asist desur la nef, 

Brandan parlat bel e suef : 

« Si tu es de Deu creature, 

De meis diz dune prenges cure. 

Primes me di que tu seies 

En cest !iu que tu deies, 



20 LA LEGENDE DE 

E tu e tuit li altre oisel, 

Pur CO que k mei semblez mult bel. » 
520. Uoiseil respunt : « Angele sumes, 

E enz en ceil jadis fumes, 

E cha'imes de halt si bds 

Od Forguillus e od le las, 

Par superbe que relvelat ; 

Vers sun seignur mal s'eslevat. 

Gil fut sur nus mis k meistre, 

De vertuz Deu nus dut paistre ; 

Puroc que fut de grant saveir, 

Si nus estout a meistre aveir. 
53o. Gil fud mult fels e superbe, 

En desdein prist la Deu verbe. 

Puis que out co fait, lui servimes 

E cum anceis obedimes- : 

Pur CO sumes deseritet 

De eel regne de veritet ; 
Mais quant ico par nus ne fud, 
Tant en avum par nus vertud ; 
N'avum peine si cum cil 



SAINT BRANDAN 27 

Qui manerent orguil cum il. 
540. Mai n'en avum fors sul itant 

La Majested suiiies perdant, 

La presence de la glorie 

E devant Deu la baldorie. 

Le nun del leu que tu quests, 

C'est as oiseus It Parais. » 

E lur dist : « Or ad un an 

Que avez sufFert de mer le han . 

Arere sunt uncore seis 

Ainz que vengez en ParaTs. 
55o. Mult suffreiz e peines e mal 
. Par occean e mult aval, 

E chescun an frez la feste 

De la Pasche sur la beste. » 

Pui[s] que out 90 dist, si s'en alat; 

En sun arbre dun devalat. 

Quant vint le jurn al declinant, 

Vers le vespere dune funt cant, 

Od dulces voices mult halt crient 

E enz en le cant Deu mercient. 



28 LA LEGENDE DE 

56o. Or unt veud en lur eisil 
Itel cumfort cum urent cil ; 
Humaine gent unches k ceis 
N'i enveiat li suvereins Reis. 
Dune dist le abes : « Avez oid 
Cum cist angele nus unt goid ? 
Loez Deu e graciez : 
Plus vus aimet que ne quiez. » 
La nef leisent en leugue, 
E mangerent al rivage, 

570. E puis chantent la cumplie 
Od mult grant psalmodie; 
Puis enz as liz s'espandent, 
E k Jhesu se cumandent; 
Dorment cum cil qui sunt lasset 
E tanz perilz que unt passet ; 
Mais nepurcant a chant de gals 
Matines dient ainz jurnals^ 
E as refreiz ensemble od eals 
Respunt li cors de cez oisals. 

58o. En prime main al cler soleil 



SAINT BRANDAN 29 

Ast-vus venant de Deu fedeil, 

Par qui asen unt cest avei 

E par sun dun unt le cunrei ; 

E il lur ad dist : « De viande 

Jo vus truverai plentet grande, 

Asez averez e sanz custe 

As uitaves de Pentecuste. 

Puis les travalz estout sujurn : 

Dous meis estrez ci en jurn. » 
5go. Dune prent cunge e s'en alat 

E al terz di \k repairat. 

Dous feiz tuz dis la semaine 

Gil revisitout la cumpaine. 

Cum lur ad dist eissi 1' firent, 

En sun seig tut se mistrent. 

Quant vint li tens de lur errer, 

Lur nef prengnent dune k serrer; 

De quirs de buf la purcusent, 

Quar cil que sunt a plen usent. 
600. Asez en unt e remuers, 

Que estre puisset lur baz enters, 



3o LA L^GENDE DE 

E bien de tut se guarnisseint, 
Purdefaltene penseint. 
Gil lur liverat pain e beivre 
Cum il voldrent plus receivre. 
Tut ad cunte k pleins uit meis, 
La nef ne pout plus suffrir peis. 
Quant cil e cil baiset s'en sunt, 
Prengnent cunge e puis s'en vunt. 

610. Cil lur mustrat od mult grant plurs 
Que part dourent tendre lur curs. 
Ast-vus Toisel desur le mast 
Dist k Brandan que s'en alat; 
Granz succurs li dist qu'ad k faire, 
E mult ennois ad k traire. 
Uit meis enters estreit bais 
Ainz que pusset entrer pais, 
Ainz qu'ad isle vengent A[l]beu, 
U estreint ad Nael Deu. 

620. Puis qu'out qo dist, plus n'i targe, 
Vait s'en al vent tut la barge. 

Vunt s'en mult tost en mer siglant. 



SAINT BRANDAN 3i 

De tant bon vent Deu graciant. 

Crut lur li venz, e mult suvent 

Crement peril e grant turment. 

Puis quatre meis veient terre, 

Mais fort lur est k cunquerre ; 

E nepurcant a la parfin, 

Al siste meis jurn la fin 
63o. Prengent a terre, mais que puroec 

Nule entree truvent iloec. 

Virun en vunt xl. dis 

Ainz que en nul port se seient mis, 

Quar li rocheit e li munz grant 

A la terre lur sunt devant. 

Puis mult k tart truvent un cros 

Que fait uns duiz qui lur ad dos, 

Qui cunduent lur nef amunt. 

Reposent-sei, quar lasset sunt. 
640. Puis dist Tabes : h Eisums fors, 

Querums que seit mester as cors. » 

Eisent-s'en tuit uns e uns, 

L'abes ovoec ses cumpaignuns ; 



32 LA LlfeGENDE DE 

E funtaine trovent duble, 
L'une clere, Taltre truble; 
Vunt-i curant cum fedeillus. 
Dist-lur Tabes : « Retencs-vus, 
Prendre si tost jo vus defent 
D'ici que avum parle od gent ; 

65o. Quel nature nus ne V savum 
Aient li duit que trovet avum. » 
Les diz Tabes cil les crement, 
E lur mult grant seif les prement 
Hastivement e nun k tart. 
Ast-vus curant un grant veilard. 
Pour oussent ne fust Tabit^ 
Quar moines ert; mais rien ne dit. 
Vient-en chaer as pez Brandan. 
Drechet-lui sus cil par la main, 

660. Clinet parfunt e humlement 
Le abes e tuit baiser enprent. 
Puis prent Brandan par la destre 
Pur mener-Ten a sun estre. 
As altres dist par sun seigne 



SAINT BRANDAN 33 

Vengent vedeir leu mult digne. 

Cume alouent, le abes ad quis 

Quels leus 90 seit u se sunt mis; 

Mais cil se taist, respuns ne fait, 

Goit-les fort od mult duce hait. 
670. Tant unt alet que ore veient 

Le leu u il aler deient, 

Abeie bele e bone ; 

Plus sainte n'at suz le trone. 

Le abes del leu fait porter fors 

Ses reliques e ses tresors, 

Cruz e fertres e les tistes 

Bien engemmet de amestistes, 

De or adubez e de peres 

Preciuses e enteres, 
680. Od encers de or amasset 

E les gemmes enz encasset. 

Li vestiment sunt tuit k or, 

(En Arable n'en at si sor,) 

Od jagunces e od sardines 

Forment grandes e entrines, 



34 LA LfiGENDE DE 

Od tupazes e od les jaspes : 
Itant clers sunt les haspes. 
Tuit li moines sunt revestud, 
Od lur abes sunt fors eisud, 

690. Od grant goie e grant dulceur 
Processiun funt li seignur; 
E quant baiset se sunt trestuit, 
Chescun le altre par la main duit. 
Meinent-les en lur abeie 
Brandan e sa cumpainie ; 
Servise funt bel e leger, 
Ne r voleient trop agreger. 
Puis vunt manger en fraitur, 
U tuit taisent for li litur. 

700. Devant eals unt dulce e blanc pain, 
Bien sauvret e fdrment sain. 
Racines unt en lu de mes, 
Qui sur deintez saluent-les ; 
Puis unt beivre mult sauvret, 
Aigue dulce plus de muret. 
Quant sunt refait, levet s'en sunt 



SAINT BRANDAN 35 

E versellant al muster vunt; 

Vunt versellant miserere 

Desque en estals tuit li frere 
710. Fors iceals qui servirent. 

En refreitur cil resirent. 

Quant I'eschele fud sone, 

Puis que Ture fud chante, 

L'abes del leu fors les meinet, 

D'els e de leu lur enseignet; 

Si sunt cument, des quant i sunt, 

De qui^ par qui, succurs sunt : 
« Nus sumus ci vint e .iiij. 
Ci conversum en cest atre. 
720. Uitante anz ad que prist sa fin 
A saint Albeu li pelerin. 
Riches horn fud de mult grant fiu; 
Mais tuit guerpit pur cest leu. 
Quant alat en tapinage, 
Apparut-lui Deu message, 
Qui Tamanat; trovatleu prest, 
Icest muster que uncore i est. 



3G LA LEGENDE DE 

Quant oitnes en plusurs leus 

Que ci maneit Albeus li plus, 
73o. Par Deu ci nus asemblames 

Pur lui, que nus mult amames. 

Tant cum vesquit lui servimes, 

Cume k abes obeimes. 

Puis que le ordre nus out apris 

E fermement nus out asis, 

Dune lui prist Deus de sei pres. 

Uitante anz ad que prist deces. 

Deus nus [a] puis si sustenuz, 

Que nuls mals n'est sur nus venuz, 
740. De nostra cors nul enfermetet, 

Ne peisance ne amertet. 

Dedens nus el ne savum 

La viande que nus avum : 

Nus n'i avum nul loreiir, 

Ne n'i venduns a porteiir; 

Mais chescun jurn tuit prest Irovum, 

Sanz CO qu'aitur nes ne V ruvum, 

Tutevie le jurn juher, 



SAINT BRANDAN 3; 

Entre les dous un pain enter. 
J bo. A di festal ai tut le men 

Pur le super, e chascun le son. 

E des dous duiz que veistes, 

Dunt pur un poi ne pre'istes, 

Li cres est freiz que al beivre avum, 

Li trubles calz dun nus Tavum ; 

E has hures que nus devum, 

E il noz lampes fou recevum, 

Ne pur I'arsun que cist fous fait 

Cire ne oile le plus n'en vait. 
760. Par lui emprent, par lui esteint ; 

N'avum frere de 90 se paint. 

Ici vivum e sanz cure, 

Nule vie n'avum dure ; 

Ainz que vostre venir sousum, 

Volt Deus qu'i vus cunrei osum : 

II dublat plus que ne solt, 

Bien sai que vus refaire volt. 

D^s Thephaine al uitime di 

Dune k primes muverez d'ici. 



38 LA LlfeGENDE DE 

770. Desques dunchcs sujurnerez. 

Puis i primes vus an irez. » 

Dune dist Brandans : « N'est lius si chers 

U mansesisse si volunters. » 

Respunt Tabes : « ^o va querre 

Pur quei moiis de ta terre ? 

Puis revendras en tun pais, 

Ileoc muras u tu nasquis. 

Muveras d*ici la semaine, 

As uitaves de Thephaine. » 
780. Quant vint le jum que I'abes mist, 

Brandan de leu le cunge prist. 

Li uns abes Taltre cunduit. 

Ensemble od lui li moine tuit. 

Entrent en mer, vent unt par Deu 

Qui les luinet del isle Albeu ; 

Curent en mer par mult lunc tens, 

Mais de terre unt nul sens. 

Failent al vent e ad cunreid 

Crut Tegre faim e Tardant seid ; 
790. E la mer fud tant passible, 



SAINT BRANDAN Bg 

Pur quei unt le curs mult peinible : 

Espesse fud cume palude, 

Tel i out enz ne creit salude. 

Deus les succurt par orage ; 

Terre veient e rivage, 

E bien sevent li afamet 

Que les ad Deus destinet. 

Trovent tel lur entree 

Cum se lur fust destinee ; 
800. Un duit unt cler e pessuns denz, 

E cil em prenent plus que cenz. 

Mester lur unt lumeit 

Herbes qui sunt enbetumeit. 

L'abes lur dist : « N'aiez cure 

Beivre trop sanz mesure. » 

Cil em pristrent secund lur seid, 

A diz abet ne tenent feid, 

Tant em pristrent puis abelet 

Purquei furent fol apelet ; 
810. Quar li sumnes lur curent sus, 

Dum il dormant geisent Jus. 



40 LA LEGENDE DE 

Qui trop beveit giseit enclins 
Tel jurn, tel dous; tel iij. entrins, 
Brandan priout que ses muines 
Que il vedeit tuit suduines. 
Desque lur sens cil revindrent. 
Pur fols forment tuit se tindrent. 
Dist lur abes : « Fuium d'ici, 
Que ne chaiez meis en umbli. 

820. Melz vient suffrir honeste faim 
Que ublier Deu e sun reclaim. » 
Par mer d'ileoc se sunt tolud 
Desque al jusdi vint absolud. 
Dune reparat peres Brandan 
En la terre u fud Taltre an. 
Ast lur hoste, le veil chanud, 
Al porte lur ad un tref tendud ; 
Bained i ad les travailez, 
E nu veals dras aparalez ; 

83o. E unt la ceine e lur mandet 
Cum en escrit est cumandet, 
E sunt ileoc desque al .iii. di 



SAINT BRANDAN 41 

Turnerent s^en al satnadi, 

E vunt siglant sur le peisun. 

Uabes lur dist : « Fors eisum.» 

Lur caldere qu'il perdirent 

En I'an devant, or la virent ; 

Li jacoines Tad guuardee, 

Or unt sur lui retruvee. 
840. Plus aseiir sur lui estunt, 

E lur feste bele i funt ; 

Tut[e] la Quit desque ai matin 

De festier ne firent fin ; 

Le di Paschur celebreient, 

De lur hure ne s'ubli[ei]ent. 

Plus de midi ne targerent, 

Mais dune lur nef rechargerent. 

Alat s'en tost e curt li sainz 

Vers les oiseus u furent ainz. 
85o. Bien en choisit le arbre blanche 

E les oiseals sur la branche. 

De luin en mer ben oierent 

Cum li oiseals les goierent. 



42 LA LEGENDE DE 

De lur canter ne firent [fin]. 
Desque arrive sunt, li pelerin 
Traient l]ur nef amunt le gort 
U li devant ourent lur port. 
Ast lur hoste chi tent un tref, 
Cunreid portet pieine sa nef; 

860. Dist lur : « Astreit del tensun poi, 
A voz cungez jo m'en revoi. 
Ici mandrez e sanz custe 
Desque uitaves de Pentecoste. 
Ne dittez rien, ne demurai ; 
Quant mesters ert, vus succurrai.» 
Ferment lur nef od cha[a]ines, 
E sunt iloec set semaines. 
Quant vim le tens de lur aler, 
L'un des oiseals prent k valer ; 

870. Sun vols ad fet tut acerine, 
Puis s'est assis sur la verine. 
Parler voldrat; Brandan le veit, 
Dist a checun que em pais seit : 
« Seignurs, co dist, <^ cest sujurn 



SAINT BRANDAN 43 

Tuz cez anz freiz vostre turn ; 

Chascun an al Nael Deu 

Sujurnerez en Tisle Albeu. 

La ceine freiz, e le mandet 

U vostre hoste I'atcumandet; 
880. E chescun an freiz la feste 

De la Pasche sur la beste.» 

Quant out co dist, si s'en alat, 

En sun arbre dum devolat. 

La nef en mer parfunt flotet, 

L'oste chescuns abootet. 

Chil de venir ne s'est target, 

Vent de cunrei sun bat charget, 

E de sa nef charget lur 

Od bon cunrei de grant valur. 
890. Puis apelet Filz Marie 

Qui guart tel cumpainie, 

Del revenir metent termes ; 

Al departir fundent lermes. 
Trestout curent al vent 

Chi fait errer vers Occident; 



44 LA LlfiGENDE DE 

Dormante mer unt e morte, 

Chi a sigler lur ert forte. 

Puis q'unt curut .iij. quinzeines, 

Freidur lur curt paries veines; 
900. Poiir lur suit forment grande, 

Que lur nef est tut en brande; 

E poi en fait, pur turmente, 

La nef od eals que n'adente. 

Puis lur veint, e dun s'esmaient 

Plus que pur nul mal qu'il traient. 

Vers eals veint uns marins serpenz, 

Chi enchaced plus tost que venz. 

Li fus de lui si enbraise 

Cume buche de fornaise. 
^10. La flum est grant, escalfed fort 

Purquei icil crement la mort. 

Sanz mesure grand ad le cors. 

Plus halt braiet que quinze tors. 

Peril n'i out fors sul dedenz. 

Cil furent mil e cine cenz 

Sur les undes que il muveit. 



SAINT BRANDAN 

Pur grant turment plus n'estuneit ; 
Cil a pris mout les pelerins. 
• Dune dist Brandan, li veirs divins : 

920. « Seignurs, ci entrez en dutance. 
Deusvus feratlavenjance. 
Guardez que pur fole poiir 
Deu ne perdez ne bon our, 
Quar que Deu prent en sun cunduit 
Ne deit cremer beste qui muit. » 
Puis que out dist, a Deu urat. 
^o qu'out uret ne demurat : 
Altre beste veint venir, 
Qui bien le deit cuntretenir. 

93o. Dreitcum c'est vers la nef traist, 
L'altre qui veient arge braist. 
Cest cunuit sa guarrere, 
Guerpit la nef, traist s'airere. 
Juste des sunt les dous bestes, 
Drechent forment halt les testes ; 
Des narines li fous lur salt 
Desque as nues, qui volet halt 



46 LA LEGENDE DE 

Colps se dunent de lur noes 
Tels cum escuz e despodes ; 

940. A denz mordanz se nafrerent, 
Qui cum espix trenchanz erent. 
Salt enz li sanz; fud aigres mors, 
Que funt li denz en cez granz cors. 
Les plaies sunt mult parfundes, 
Dun senglantes sunt les undes. 
La bataille fud estulte, 
En la mer out grant tumulte ; 
E puis venquit la dereine, 
Morte rent la primereine ; 

gSo. A denz tant fort le detirat 

Que en tres mettez la descirat ; 
E puis que fist la venjance, 
Realat k sa remanance. 

Ne deit horn mais desperer, 
Ainz deit fait plus averrer. 
Quant veit que Deus si prestement 
Vivere trovet e vestement, 
E tanz succurs en pcrilz forz 



SAINT BRANDAN 47 

E estorses de tante morz, 
960. L'abes lur dist : « Laisum tut el, 

Seignur servir bien deit Tum tel. » 

Cil respunent : a Mult volunters, 

Quar bien savum qui nus ad chers. » 

Puis al demain terre veient, 

E ariver bien se creient ; 

Vunt mult tost e sailent fors 

Pur reposef lur lassez cors. 

Sur Terbeie tendent lur tref, 

E sus traient al secc lur nef. 
970. Cume a terre ariverent, 

Les tempestes aviverent. 

Cunuit Brandans al air pluvius 

Que li tens ert mult anuius. 

Li venz lur ert cuntre sailiz 

E li cunreiz li ert failiz ; 

Mais cil pur oc ne s'esmaient^ 

Quelque peril que il traient. 

L'abes lur ad tant sermunet, 

E Deus partut asez dunet, 



48 LA LEGENDE DE 

980. Que ne poient puint mescreire 
De nule rien en lur eire. 
Puis apres 90, nent a tart, 
Del peisun veient la terce part. 
L'unde de mer tant la serre, 
Que ariver lur fait k terre ; 
La turmente sus la chacet 
Pur 90 que k cez aise facet. 
Dune dist Brandans : « Veiez, frere. 
Ki enemis ainz vos ere 

990. Or vus succurt par Deu grace. 
Mangerez en grant espace. 
Ne dutez rien, il nus ert past, 
Quelque semblant qu'il nus mustrast. 
Tant en pernez as voz suspeis 
Que ne failet devant .iij. mais.» 
Al sun cum^nt cil le firent : 
Atant de tens se guarnirent 
D'aigue dulce des funtaines, 
E unt lur tunes tutes pleines ; 

Tooo. E de busche se guarnirent; 



SAINT BRANDAN 49 

Puis q'unt Ture s'en alirent. 

Des miracles Deu ne cesset, 
Altre peril les apresset. 
Si fust primers, ne fust meindres. 
Icist perilz enz fust greindres ; 
Mais ne crement que le purpens 
Qu'il unt de Deu, e le defens. 
Uns grips flammanz del air descent, 
Pur eals prendre les ungles tent; 

1010. E flammantes ad les goes, 
E trenchantes fort les poes. 
Bord de la nef n'i ad si fort, 
Sul od I'ungles que ne Tenport; 
Pur sul Fair e le sun vent 
Pur poi la nef achant ne prent. 
Cum les ca90ut eisi par mer, 
Vint uns draguns flammanz par mer; 
Mot les eles, tent le col. 
Vers le gripun drechet sun vol. 

1020. La bataile sus est en Pair, 

Li fus de dous fait grant esclair ; 



3o LA L^GENDE DE 

G>lps e flammes e morz e buz 

Se entredunent veiant eals tuz. 

Li grips est graoz draguns maigres, 

Ql est plus fort, cil plus aigres. 

Morz est li grips, en mer chait : 

Venget en sunt ki V unt halt. 

Vait s'en draguns, portet victorie : 

Cil en rendent Deu la glorie. 
I o3o. Vunt s'en icil d'iloec avant. 

Par le spirit Deu mult sunt savant. 
Vint la feste de saint Perrunt, 

Ki fud ocis al pred Nerunt. 

Feste li funt cil e glorie 

A saint Perrunt Tapostorie. 

Cuoi Tabes fist le servise 

Sicum lais est asise, 

Chantout mult halt a voiz clere. 

Dune diem tuit li frere : 
1 040. « Beals pere cher, chante plus bas, 

U si que nun, murir nus fras; 

Quar tant cler est chascun unde, 



J 



^ SAINT BRANDAN 5i 

U la mer est parfunde, 

Que nus venam desque en terre 

E de peissuns tante gu[e]rre. 

Peissuns veiim granz e cruels, 

Unc n'oimes parler de tels. 

Si la noise les en commout, 

Sachez murir nus estoiit. » 
io5o. L'abes surrist e les blasmat, 

E pur mult fols les asinat : 

a Seignurs, de rien purquei dutez ? 

Voz creance cum debutez ! 

Perilz avez sufFert plus granz ; 

Vers tuz vus fud Deus bons guaranz. 

Uncore ne vus vint cist : 

Clamez culpe, » Brandans lur dist ; 

Chantat plus halt e forment cler. 

Sailent bestes ruistes de mer, 
1060. Vunt costant la nef en turn, 

Goisant la feste del jurn. 

Puis q'unt chantet que al jurn pertint, 
Chescun peissun sa veie tint. 



52 LA LfiGENDE DE 

Quant curent e veient cler, 
En mer halt un grant piler ; 
De naturel fud jargunce, 
D'altre marein n'i out unce, 
De jargunce fud saphire : 
Riches estreit ki'n fust sire. 

1070. Desques unes muntout en sus, 
As funs de mer descendeit jus. 
Uns paveiluns enturn i tent, 
Des le sumet en mer descent ; 
De or precius il veirent sutil 
Pur tut le munde faiz ne fust-il. 
Siglet Brandan icel part, 
Ainz que venget semblet lui tart. 
Sigle levet, entret en tref 
Od ses muines e od sa nef ; 

1080. De smaragde veit un alter, 
U 11 pilers descent en mer. 
Li sacraires fiid sardoine, 
Li pavemenz calcedoine. 
Enz li piler fermet aveit, 



SAINT BRANDAN 53 

Tref de fin or 90 susteneit, 

E les lampes sunt de beril ; 

Cil ne crement nul peril. 

Ici estunt desque al .iii. jurn, 

Messes chantent tuit k lur turn. 
1090. Brandans enprent purpens en sei, 

Ne deit querre le Deu secrei; 

Dist as muines : « Crees mun sen, 

Toluns d'ici, alum-nus-en. » 

Un chaliz mult festival 

Prent Tabes tut de cristal ; 

Bien set de Deu ne resortet 

Pur servir Ten, quant le portet. 
Granz curs unt fait li pelerin, 

Mais uncore ne sevent fin ; 
1 100. E nepurtant ne s'en feignent, 

Mais cum plus vunt plus se peinent, 

Ne de peiner ne recrerrunt 

De ci que lur desir verrunt. 

Apparut lur terre truble, 

De neir calin e de nuble. 



54 LA LEGENDE DE 

De flaistre fum ert fumante, 

Dc carnine plus puante ; 

De grant nerfun ert enclose. 

Cist ne rovent estre empose, 
1 1 lo. E de mult luign un[t]or oit 

Que la ne erent guairs goit. 

Mult s*esforcent de ailurs tendre ; 

Mais qa estout lur curs prendre, 

Quar li venz Ik les emmeinet, 

E li abes bien ks enseignet ; 

E dist lur : « Bien sachez 

Que k enfern estes cachez. 

N'oustes mester unc mais si grant 

Cum or avez de Deu guarant. » 
1 120. Brandans ad fait sur eals la cruz, 

Bien set pres est d'enfern li puz. 

Cum plus pres sunt, plus veient mal ; 

Plus tenebrus trovent le val. 

Des parfunz vals e des fosses 

Lammes ardanz volent grosses, 

De fous sufflanz li venz en ruit ; 



SAINT BRANDAN 55 

Nuls tuneirs si halt ne muit. 

Estenceles od les lammes, 

Roches ardanz e les flammes 
I i3o. Pap tel air tant halt volent, 

Le cler del jurn que lur tolent. 
Cun alouent endreit un munt, 

Virent un fed dunt poiir unt. 

Forment fud granz icil malfez, 

D'enfem eisit tuz eschalfez ; 

Un mail de fer en puin portout, 

A un piler asez i out. 

Cum s'apar^out par sun reguard 

As uilz flammanz cum fus chi art, 
1 140. E veit iceals, a tart li est 

Que sun turment tut i ait prest. 

Jetant flammes de sa gorge, 

A granz salz curt en sa forge ; 

Revint mult tost od sa lame, 

Tute ruge cume flamme 

Es tenailes dun la teneit. 

Pais a dis boffs bien i aveit. 



56 LA LEGENDE DE 

Halcet 1^-sus vers la nue, 
E dreit vers eals la rue. 

1 1 5o. Esturbeiluns plus tost ne vait, 

Quant sus en Pair li venz le trait, 
Ne li quarel d'arbeleste, 
Ne de funde la galeste. 
Cum plus halcet e plus en prent. 
En alant forces reprent, 
Primes depart, puis amasset ; 
Ne cheot sur eals, ainz passet ; 
U cheit en mer, iloec art 
Cum bruere en un asart 

1 1 60. E mult lunc tens art la lame 
En la mer a grant flamme. 
Li venz la nef ad cunduite 
Purquei d'iloec preignent fuite. 
Al vent portant s'en alerent 
Mais la suvent reguarderent ; 
L'isle virent alumine 
E cuverte de fume, 
Malsfeiz veient millers plusurs. 



SAINT BRANDAN 

Criz de dampnez cent e plusurs ; 

1 170. Puur lur vent forment grant 

Del fum chi luign par Pair s'espant, 
Endurerent cum melz poiirent, 
Eschiverent cum plus soiirent, 
Sainz home cum ad plusurs travailz 
De faim, de seif, de freiz, de calz, 
Ainxe, tristur e granz poiirs 
De cant vers Deu creist sis oiirs. 
Eisi est d'els, puis q'unt voiid 
U li dampnez sunt refoiid. 

1 180. En Deu ferment lur fiance, 
N'i aturnent mescreance, 
Vunt s'en avant, n'i dutent rien, ' 
Par 90 seven t que espleitent bieni 
Ne demurat fors al matin, 
Virent un lu pres lur veisin, 
Un munt cuvert de nublece : 
La's meineit vent par destrecce, 
Vindrent tost k rivage ; 
Mais mult ert de halt estage. 



58 LA LEGENDE DE 

1 190. Nuls d'els trestuz choisir ne pout 
Lahaltece que li munz out; 
Vers la rive plus ne desooit. 
Que Ik u plus amunt s'estent, 
E la terre tute neire, 
Tel n'en out en tut lur eire : 
Pur quel chose il ne soiirent 
Salt en Tuns fors, puis ne loiirent 
Tuit unt Old qu'il lur ad dit; 
Mais sul abes des ulz le vit : 

1 200. « Seignur, or de vus sui preiez 
Pur meis pechez, bien le creez. » 
E li abes le veit traire 
A cent malfez, si le funt braire. 
Turnent d'iloec, ailurs en vunt, 
Reguardent sei, quar poiir unt. 
Del fum li munz est descuverz, 
Enfern veient tut auverz : 
Enfers jetet fus e flammes, 
Perchez ardenz e les lammes, 

1 2 10. Peiz e sufre desques as nues ; 



SAINT BRANDAN 59 

Puis receit, quar sunt sues. 

Puis les meinet Brandans par mer, 

Des signacles les fait armer. 

Veient en mer une boche 

Sicum CO fust une roche, 

E roche fust verablement ; 

Mais ne quient creablement. 

Dune dist Tabes : « Ne demurum •, 

Sachum que c'est, si i curum. » 
1220. Vindrent ila, si truverent 

I90 que poi espeirerent. 

Sur la roche u sunt venud 

Trovent seant homme nud ; 

Mult ert periz e detirez, 

Delacherez e descirez ; 

D'un drap lied sun vis aveit, 

A un piler si se teneit, 

Fort se teneit a la pere, 

Que ne T rosast le unde arere. 
i23o. Undes de mer firent fort 

Purquei n'ad fin la sue mort. 



6o LA LEGENDE DE 

Le une fert, pur poi ne fent, 

Le altre detriers jetet ramunt : 

Peril devant, peril desus, 

Peril detriers, peril dejus. 

Turment grant ad k destre, 

Ne Tad menur k senestre. 

Quant Tunde ad fait les empeintes. 

Mult lassement fait ses pleintes : 
1240. < Reis Jhesu de majestet, 

Faldrat ma morz n'iverz ne estel ? 

Jhesu, chi moz tut le trone, 

lest ta mercit itant bone ? 

Jhesu, tant es miser icors, 

Ert nul hure que sei fors ? 

Jhesu li nez de Marie, 

Ne sai si jo mercit crie ; 

Ne puis ne vos quar tant forfis 

Que jugemenz de mei est pris.w 
1 25o. Quant le oit Brandans issi plaindre, 

Unches dolur n'en out graindre ; 

Levet sa main, tuz les seignet. 



SAINT BRANDAN 6i 

D'aprismer Ik mult se peinet. 

Cum aprismout, la mer ne mot, 

Ne venz ne orrez ne la commot. 

Dist lur Brandans : « Di-mei, dolenz, 

Purquai suffres icez turmenz. 

De part Jhesu que tu cries, 

Jo te cumant que V me dies; 
1 260. E certement me di qui es, 

E le forfait pur quel ci es.w 

Pur le plourer Brandans ne pout 

Avant parler, mais dune se tout. 

Cil lui respunt k voiz basse 

(Mult ert roie, forment lasse) : 

« Jo sui Judas, qui servie 

Jhesu que jo traie; 

Jo sui que mun seignur vendi, 

E pur le doul si me pendi. 
1270. Semblant d'amur fis pur baiser, 

Descordai quant dui aapaiser ; 

Jo sui qui sun aveir guardai, 

En larcin le debardai, 



62 LA LEGENDE DE 

E le ofFrande quia li portout 
(Tut as povres il Ten hortout). 
Jo celoue en mes burses : 
Pur oc me sunt peines surses ; 
E quidoue que fust celee 
A lui qui fist eel cstelet. 

1280. As povres Deu bien defaidi : 
Or sunt riche, e jo mendi. 
Jo sui li fels qui Deu hai, 
Li simple agnel as lus trahi. 
Quant vi que as mains ert Pilate, 
Dune oi chere forment mate ^ 
Quant vi as mains ert as Judus, 
As ceals cruels liverez li pius ; 
Quant vi que as gabs Tavroneint, 
E de spinis corouneint; 

1 290. Quant vi vilement que fud traitez, 
Sachez que fui mult dehaitez. 
Puis vi que fud menez tuer, 
Le dulz costed vi sane suer ; 
Quant vi qu'en cruz esteit penduz 



SAINT BRANDAN 63 

E fud a mort de mei venduz, 

Les deners tost ofFri trente. 

Gil ne voldrent cuilir rente. 

Reupentance n'en oi sage, 

Ainz me tuai par ma rage ; 
1 3oo. E quant confesse ne me rendi, 

Dampnez sui de di en di. 

Tu ne veiz rien de ma peine 

Que enz enfern jo demaine : 

Cist est repos de mun peril, 

Quel al samadi prenc al seril. 

Dimaine, treslut le jurn, 

Desque al vespere ai tel sujurn, 

E del Noel la quinzeine. 

Ici deportet ma grande peine ; 
1 3 1 o. E as festes la Marie 

Mes granz peines n'i ai dune mie. 

A Pasches e a Pentecoste, 

Fors tant cum veiz n'i ai plus custe. 

A feste alt re en trestut Tan, 

N'ai entrebat de mun ahan. 



64 LA LEGENDE DE 

Diemaine al serir 
D'ici m'en voi pur asperir. » 
Dune dist Brandans : « Or me di, 
Itel repos quant as ici, 

1 320. En quel endreit te demeines 
En turmentes e es peines, 
E en espeines que lui as-tu 
D'ici quant moz venu as-tu ? » 
Respunt Judas : « Pres est li lius 
A diables u est li fius. 
N'i ad guairs fors sul un po[i]. 
Tant en sui loign que ci ne's oi. 
Dous enfers ad ci dejuste, 
De suffrir les est grant custe. 

1 33o. Mult pres d'ici sunt dui enfern. 
Que ne cessent esteit ne ivern. 
Li plus legiers est horribles 
A ceals qui sunt mult penibles ; 
^o quident cil qui 1^ peinent, 
Que altre mal vers eals ne meinent. 
Fors mei ne set uns suls de nus 



SAINT BRANDAN 65 

Quels des dous seit plus penus. 
N'est nuls plus ait que Tun de dous; 
Mais jo chaitis ai amedous. 

1 340. Uuns est en munt, e Taltre en val, 
E si's depart la mer de sal ; 
Les dous enfers mer les depart, 
Mais merveil est que tuit ne art. 
Cil del munt est plus penibles, 
E cil del val est plus horribles. 
Cil pres del air calz e sullenz, 
Cil pres del mer freiz e puUenz. 
Ovoec la nuit un jurn sui sus, 
Puis altre tant demoir en jus; 

i35o. AI lun jurn munte, Taltre descent : 
N'est altre fin de mun turment. 
Ne change enfem pur aleger, 
Mais pur les mals plus agreger. 

« Par lundi e nuit e jurn 
En la ro sui en tresturn ; 
E jo chaitis encroez enz, 
Turne tantost cum fait li ver 



66 LA LEGENDE DE 

Venz la cunduit par tut eel air; 

Tot dis m'en voi, tot di[s] repair. 
1 36o. « Puis el demain el sui galiz 

Cum cil qui est tot acaliz ; 

Ultre la mer vol en le val 

Al altre enfern, u tant ad mal. 

Iloces sui tost ferliez, 

De diables mult escriez ; 

El lit sui mis sur les broches, 

Sur mei mettent plums e roches ; 

Iloces sui si espeez, 

Que mun cors tant percet veez. 
1 370. « Al mecredisus sui ruez, 

U li perilz nu[n] est muez. 

Puis del jurn buil en la peiz, 

U fui ci teinz cum ore vdz ; 

Puis sui ostet e mis al rost, 

Entre dous fus lied al post. 

Li post de fer fichet i est ; 

Se pur mei nun, pur el n'i est. 

Tant est ruges cume si dis anz 



SAINT BRANDAN 67 

En fous goiist as fols suf&anz ; 
1 38o. E pur li peiz li fus si prent 

Pur enforcer le men turment ; 
E dune sui en peiz ruez 

* 

Pur plus ardeir iui enluez. 
Se n'est marbres nuls itant surs ; 
Nefust remis, ne fiist mis durs; 
Mais jo sui fait k icest ire, 
Que nuls cors ne poi desire 
Itel peine, queque m'anuit, 
Li tut un jurn e une nuit. 
i3go. « Puis al judi sui mis en val, 

E, pur suflFrir contrarie mal, 
Dune sui mis en un fried leu 
Mult tenebrus e forment ceu. 
Tant j'ai fried que mei est k tart 
Qu'el fu seie, qui tant fort art; 
E dune m'est vis n'est turmente 
Que del freid que plus ne sente, 
E de chescun si m'est vis 
Ne seit si fort quant enz sui mis. 



68 LA L^GENDE DE 

1400. « Al vendresdi revenc amunt 

U tantes morz cuntre mei sunt. 
Dune me scorcent trestut le cors, 
Que de la pel n'at puig defers, 

En la suie ovoec k sel ; 

Puis me fulent od Pardant pel, 

Puis revent hastivement 

Tuz nuvels quirs k eel turment 

Diz feiz le jurn bien me seoreent. 

El sel entrer puis me forcent, 

1410. Epuis me funt tut eald beivre 
Le plum remis od le qui[ve]re. 
« Al samedi jus me ruent 
U li altre mals me muent, 
E puis sui mis en gaiole ; 
En tut enfern n'at si fole 
En tut enfern n'at si orde. 
En li deseen e sanz eorde ; 
Iloeees gis, n'i ai luur, 
En tenebres e en puur. 

1420. Puurs i vent trestant grande. 



SAINT BRANDAN 69 

Ne guart quant mes quers espande ; 

Ne puis vomer pur le quivere 

Que cil Ik me firent beivre. 

Puis enfle fort e li quits tent, 

Anguisus sui, pur poi ne fent. 

Tels calz, telz freiz e tels ulurs 

SufFret Judas e tels dolurs 

Sicum fud er al samedi. 

Veinc ci entre nune e midi, 
1430. Hui mei repos a cest sedeir. 

Une veiz aurai mal seir 

Mil diables senes vendrunt, 

Ne aurai repos quant mei tendfunt ; 

Mais si tu es de tel saveir, 

Anuit me fai repos aveir. 

Si tu es de tel merite, 

Anuit me fai estre quite. 

Bien sai que tu sainz es e pius, 

Quant sanz reguarz venz k tels lius.w 
1440. Plurout Brandans k larges plurs 

DM90 que cist ad tanz dolurs, 



70 LA L^GENDE DE 

Comandet lui que lui diet 

Ou li dras seit dum se liet, 

E la pere u il se tint 

Demandet dunt e de qui vint. 

Gil lui respunt : « En ma vie 

Fis poi bien e mult folie. 

Li biens e mals or me pent 

Quel enz el quer plus chier me rent. 

1460. Del almoine que jo guardai 
A un nud fed drap acatai : 
Pur eel ai cest dunt me lie 
Par la buche que ne neie. 
Quant Tunde vent en le vif devant, 
Alques par cest ai de guarant; 
Mais en enfer ne me valt rien. 
Quant de propre ne fud mun bien. 
A un aigue fis un muncel 
E puis desus un fors puncel 

1460. U mult home periseient; 

Mais puis bien i guariseient : 
Pur oec ai ci refrigerie 



SAINT BRANDAN 71 

De si grand e manuserie. » 

Cum aprimout vers le primseir, 

Dune vit Brandans que cil dist veir ; 

Vit venir deiables mil 

Od turmentes e grant peril, 

E venent dreit k eel dolent. 

Salt Tuns avant, al eroc le prent. 
1470. Brandans lur dist: « Laisez-l'ici 

Desque ai matin que seit lusdi. » 

Cil li dient e calengent, 

Ne lairunt pas que ne Tprengent. 

Dune dist Brandans : «c Jo vus eomant 

E de Jhesu faz mun guarant.» 

Cil le laisent, e A "force 

N'i unt nient k Testorce. 

Brandans estait iloec la nuit, 

N'i ad malfez qui mult n'annuit. 
1480. Deiables sunt del altre part; 

Ainz que seit jurz, mult lur est tart. 

A grant greine, a voiz truble, 

Dient que aurat peine duble. 



» • 



72 LA LEGENDE DE 

Respunt I'abes : « Ne aurat turment 
Plus que ad oiidpar jugement.» 
E puis qu'il fud cler ajurnet, 
Od tut Judas s'en sunt turnet. 

Brandans s'en vait d'iloec avant, 
Bien set de Deu ad bon guarant ; 

1490. E li muine bien sevent tuit 

Que segur sunt ai Deu cunduit, 
Mercient Deu de iur veies 
E de tutes iur agreies. 
Cum se numbrent li cumpaignun, 
En Iur cunte failent un alun, 
E ne sevent qu'est devenuz 
Ne en quel leu est detenuz ; 
Des dous sevent cum unt erret, 
Mais de cest cerce sunt enserret. 

i5oo. L'abes Iur dist,qui tut le sout : 
« Deu en ad fait co que li plout. 
D'ifo n'aiez nule dute, 
Ainz tenez bien vostre route. 
Sachez qu'il ad sun jugement 



SAINT BRANDAN 73 

U de repos u de turment. » 
Sicutn il vunt veient ester 

Un munt mult h^lt tut sul en mer ; 

Tost i venent, mais la rive 

Roiste lur ert e escive. 
i5io. L'abes lur dist : « Istrai-m'en fors, 

Ne movet uns fors sul mun cors. » 

Puieit le munt e lunges vait 

Ainz que trovet u nule rien ait. 

Par un rochet sa veie tint; 

Une bodme puis il survint^ 

1st uns horn tost de eel liu, 

Religius semblout e piu. 

Cil apelet Brandan avant, 

Quar par Deu fud sun nun savant; 
1 520. Puis le baiset, ses cumpaignu[n]s 

Dist qu'amenget, ne failet uns. 

Vait-i Brandans, fait les venir, 

Funt al rochet le nef tenir. 

Cil ad tuz numez par sei : 

« Venez avant e baisez-mei.» 



74 LA LEGENDE DE 

Cil li firent, puis les menet, 

A sun estre lur enseignet. 

Ql reposent cum lur ad dit, 

Merveillent lui e sun habit : 
i53o. N'ad vestement fors de sunpeil, 

Dum est cuvert sicum de veil. 

Reguard aveit angeliel 

E tut le cors celestiel, 

N'est si blance neifs ne clere 

Gum li peilz d'icest frere. 

Dist-lui Brandans : « Beal pere chers, 

Di-mei quies. » Gil : « Volunters. 

Jo ai nun Pols li hermites, 

De tuz dolurs sui ci quites^ 
1540. Q ai estet grant e lunc tens, 

E fi m'en vine par Deu asens ; 

El secle fui hermite en bois. 

Gele vie pris en mun cois, 

Secund le sens que aver poi ; 

Deu serveie sicume soi. 

I me cuilit par sa buntet, 



SAINT BRANDAN 

Qu'aplus que n'est la m'at cuntet. 

La me mandat que ci venisse, 

U ma glorie attendisse. 
1 55o. Cument i vine, en nef entrai, 

Tute preste cum la truvai. 

Deus me cunduit tost e suef. 

Quant arivai, ralat la nef. 

Nunante anz ad qu'ai ci estet. 

Beal tens i ad tuz diz estet. 

Ici atent le juise, 

De Deu en ai cumandise ; 

Trestut i sui en earn e en os, 

Sanz mal, quar sui en repos. 
i56o. Dune aprimes al jugement, 

L'espirit del eors frat seivrement ; 

Od les justes resuscitrai 

Pur la vie que segut ai. 

Uns sergant oi trent ans pleiners, 

De mei servir suveners : 

Uns lutres fud, qui m'aportout 

Suvent peisun, dunt il me pout 



70 LA L^GENDE DE 

Tuz dis tres jurs en la semaine. 
Unckes nule ne fud vaine 

1 570. Que treis peisuns ne m'aportast, 
Dum aveie pleiner past. 
Al col pendud marin werec 
Plein un sacel portout tut sec. 
Dun mes peisuns pouse quire : 
Par qui 90 fud bien ert sire. 
Es primers anz que vine ici, 
Tuz les trent anz fud poUd si. 
Des peisuns fui poiid si bien, 
N'oi mester de beivre rien ; 

1 58o. N'enniuout puint nostre Seignur 
De tel cunreid ne de greignur. 
Puis les trent anz ne revint cil. 
Ne r fist sur peis ne ne m'out vil ; 
Mais Deus ne volt que plus defors 
Venist cunreid pur sul mun cors. 
Ici me fist la funtaifie, 
De tuz cunreid qui est pleine : 
^o li est vis, qui rien en bei^ 



SAINT BRANDAN. 77 

De tuz cunreid que saiils seit. 

1 590. De aigue ai vescut anz seisante, 
Trent a peisun : sunt nonante-, 
En le mund sui anz cinquante : 
Miz ethez est cent e quarante. 
Frere Bran dan, or te ai dit 
Cument ici ai mun delit ; 
Mais tu iras en parais : 
Pres ad set anz que tu Tas quis. 
Arere fras anceis return 
AI bon hoste u vus sujurn. 

1600. II te menrat, e tu le sui, 
En parais, u sunt ii pui. 
D'icest aigue portez od tei, 
Dum guarisses de faim e sei. 
Entre en ta nef, ne demurer : 
Ne deit sun nen hom sururer. » 
Dunet cunget, e cil le prent, 
De ses bienfaiz graces Ten rent. 
Or turnent vers lur hoste. 
Si unt mule mult en poste; 



78 LA LJ^GENDE DE 

1610. Siglent lunges ainz que veingent, 
Jk seit qo que dreit curs teingent ; 
E ai jusdi de la Ceine, 
L^ i venent a grant peine; 
Iloec estunt cum soleient, 
Desque Ik que muver deient. 
Le samadi al peisun vunt, 
Cum altres anz la feste i funt ; 
E bien sevent qu'or ad set anz 
Que li peisuns est lur servanz; 

1620. Deu enloient, n'i unt perte 
Pur la vertud de Deu certe ; 
E lendemain d'iloec movent 
A itel vent cum il trovent; 
Vers les oiseals tut dreit en vunt, 
L^ u dous meis sujurnerunt. 
Iloec estunt k grant deduit, 
E atendent le bon cunduit . 
Del bon hoste, qui frat od eals 
Ueire qui est tant bons e beals. 

i63o. Cil aprestet tuz lur busuinz, 



SAINT BRANDAN 79 

Quar bien saveit que I'eire est luinz, 

E bien set tut que lur esto[e]t : 

Pur 90 guamist de quanque poet. 

Entrent en mer, I'ostes ovoec, 

Ne revendrunt jamais iloec; 

Tendent lur curs vers orient, 

Del esguarer n'i funt nient. 

Tel i at enz en qui cunduit 

Vunt k goie e k deduit, 
1640. A curs enclin, sanz defalte, 

Quarante dis en mer bake. 

Eisi curent, que ne lur pert 

Fors mer e eel, qui sur eals ert; 

E par Totreid del Rei divin 

Or aprisment vers le calin 

Qui tut aclot le parais, 

Dunt Adam fud poest[e]is. 

Nues grandes tenerge funt, 

Que le sun eir return n'i unt. 
i65o. Li granz calins tant aorbet, 

Qui i entret tuz asorbet, 



8o LA L^GENDE DE 

Si de Deu n^at la vetie 
Qui poQst passer cele nue. 
Dune dist : « Ne i targez, 
Mais la sigle de vent chargez. » 
Cum aprisment, part la nue 
A I'espace d^une rue. 
Cil se metent enz el calin, 
E parmi unt grant chemin. 

1 660. Mult se fient en lur hoste 
Pur la nue que unt encoste. 
Grant est forment e serrfe, 
De ambes parz est amassde. 
Treis jurz curent tut k dreit curs 
Par le chemin que lur est surs ; 
El quart issent de eel calin, 
Forment sunt led li pelerin, 
De la nue eisut s^en sunt, 
E parais bien choisit unt. 

1670. Tut en primers uns murs lur pert 
Desque as nues, qui halcez ert. 
N'i out chernel ne aleiir, 



SAINT BRANDAN 81 

Ne brestache ne nule tur. 

Nuls d'els ne set en feid veire 

Quel il seit faiz, de maiteire ; 

Mais blanc esteit sur tutes neis. 

Faiters fud li suverains Reis, 

Tuz ert entrins sanz antaile, 

Unc al faire n'out traivaile; 
1680. Mais les gemmes funt grant iuurs, 

Dum purpiantez esteit li murs, 

As gutes d'or grisolites. 

Mult i aveit d'isselites. 

Li murs flamment tut abrase 

De topaze, grisopase, 

De jargunce, calcedoine, 

De smaragde e sardoine. 

Jaspes, od les amestistes, 

Forment luisent par les listes. 
1690. Li jacinctes clers i est-il, 

Od le cristal e od le biril ; 

L'un al altre dunet clartet. 

Chi's asist fud mult enartet. 



82 LA LEGENDE DE 

Luur grande s'entreportent 

Des colurs, chi si resortent. 

Li munt sunt halt, de marbre dur, 

U la mer bat luign del mur; 

E desur le munt marbrin 

Li muntaine est tute d^or fin. 
1 700. E puis desus esteit li murs 

De parais, qui clot les flurs. 

Tels est li murs si surplantez, 

Qui doust estre de nus hantez. 

Tendent tut dreit vers la porte ; 

Mais rentr^[e] mult ert forte. 

Draguns i at qui la guardent, 

Sicume fus trestut ardent. 

Dreit k Pentrer pent uns glaives, 

(Qui eel ne creit nen est saives,) 
1 7 10. L'amur aval, le helte amunt. 

Ne me merveille si pour unt, 

E naines pent turniet, 

Sul del vedeir esturdiet. 

Per ne roche ne adamant 



SAINT BRANDAN 83 

Ne pot guarir k sun trenchant. 

Puis unt veiid un juvencel, 

Qui vient cuntre eals, forment bel ; 

E cil se fait Deu message, 

Dist que vengent a rivage. 
1720. 11 arivent, cil les receit, 

Tuz les numet par lur nun dreit ; 

Puis dulcement les ad baisez 

E les draguns tuz apaisez. 

Fait les gesir cuntre terre 

Mult humlement e sanz gu[e]rre, 

E le glaive fait retenir 

A un angle qu'il fait venir ; 

A Tentree est uverte, 

Tuit entrent en glorie certe. 
lySo. Quant en vait cil juvenceals 

Par parais vait ovoec eals ; 

De beals hois e de rivere 

Veient terre mult plenere. 

Grandins ert la praierie, 

Qui tuz dis est heal flurie. 



84 LA LfiGENDE DE 

Li flur suef mult i flairent, 
Cum la u li piu repairent, 
D'arbres, de flurs delicius, 
De fruit, d'udurs mult precius ; 

1 740. De runceie ne de cardunt 
Ne de orthie n'i ad fusun ; 
D'arbre n'erbe n'i ad mie 
Ki suate ne rechrie. 
Flurs e arbres tuz dis chargent, 
Ne pur saisun unc ne targent. 
Esteit suef tuz dis i est; 
Li fruiz de arbres e de flurs prest, 
Bois repleniz de veneisun, 
E tuit li flum de bon peisun. 

lySo. Li flum i suent, ci curent lait, 
Gele plentet partut en vait ; 
La ruseie suet le mel 
Par le ruseit qui vient del eel. 
Si munt i at, cil est de or ; 
Si grande pere, a tensor. 
Sanz fin i luist li clers soleil, 



SAINT BRANDAN. 85 

Ne venz n'orez n'i mot un peil ; 

N'i vient nul nue del air, 

Qui del soleil tolget le clair. 
1 760. Chi ci estrat mal n'i aurat, 

Ne de mals venz j^ ne 1' saurat; 

Ne chalz ne freiz ne dehaite, 

Ne faim ne seit ne suffiraite. 

De tuz ses bons aura plentet; 

^o que plus est sa voluntet, 

Gel ne perdrat , suurs en est ; 

Tuz dis Taurat e truvrat prest. 

Bien vait Brandans cele goie, 

L'ur le semblet forment poie 
1 770. Quil i estait k ce vedeir : 

Lunges voldrat iloec sedeir. 

Mult bien avant Tad cil menet, 

De multes riens Tad asenet. 

Bien divisit, e si li dit 

De quel aurat chascuns delit. 

Vait cil avant, e cist apres, 

Sur un halt munt cume cipres; 



86 LA L^GENDE DE 

D'ici veient avisiuns, 
Dum ne sevent divisiuns; 

1 780. Angeles veient e si 's oient 

Pur iur venir cum s'esgoient; 
Oient Iur grant melodie, 
Mais ne 1' poient suffrir mie : 
Lur nature ne poet prendre 
Si grant giorie ne entendre, 
Cil lur ad dist : « Returnum-nus ; 
Avant d'ici ne menrai vus. 
Ne vus list pas aler avant, 
Quar poi estes k ce savant. 

1 790. Brandans, tu veis cest parais 
Que tu as Deu mult requesis, 
De la giorie cent mil tant 
Que n'as veiid ad 9^ avant : 
A ore plus n'i aprendras 
Devant ifoe que revendras. 
O or venis ci carnalment, 
Tost revendras spiritaiment. 
Or t'en reva, ci revendras, 



SAINT BRANDAN 87 

Le juise ci atendras. 
1800. De cez peres en fai porter 

A enseignes de conforter. » 

Puis que out ^ dist, il en alat, 

Enseignes de parais portat. 

Brandans de Deu cunget ad pris 

E as chers sainz de parais. 

Li juvenceals les en cunduit. 

Desqu'en la nef sunt entret tuit, 

Puis ad sur eals seignacle fait. 

Mult tost unt sus lur sigle trait. 
1 8 1 o. Iloec remist lur hostes pius, 

Quar parais fud sis dreiz fius ; 

E cil s'en vunt haitement. 

Nen unt d'orez retenement, 

En treis meis sunt en Irlande 

Par la vertud de Deu grande. 

La nuvele va par pais 

Que venuz est de parais. 

Ne sunt haitet sul li parent, 

Ainz sunt trestuz comunement. 



88 SAINT BRANDAN. 

1 820. Sur tuz sunt lied li chere frere 
De fo qu'or unt lur dulz pere ; 
Suvent lur dist cum unt erret, 
U furent bien enserret; 
E si lur dist cum prest truvat 
Quanque busuign a Deu ruvat, 
E Tun e Tel tresiut lur dist 
Cum il truvat qo que il quist. 
Li plusurs d'els ensaintirent 
Par la vertud qu'en lui virent. 

i83o. Tant cum Brandans el secle fud, 
A mulz valut par Deu vertud. 
Quant vint al tens que il finat, 
Ralat u Deus lui destinat ; 
El regne Deu, u alat-il, 
Par lui en vunt plusur que mil. 

Explicit Vita sancti Brandani. 



OBSERVATIONS 



SUR LE TEXTE 



Copi^ il y a bien longtemps en vue d'une publication 
dont nous avons 6t6 detournd par d'autres soins , 
ou, k mieux dire, par d'autres devoirs, le texte que 
nous avons acheve d'imprimer, d bien ^t^ mis sous 
presse muni de notre visa, mais sans qu'il nous fQt 
possible de coUationner les ^preuves sur le manuscrit 
du Musee Britannique. De retour k Londres, nous 
nous sommes cru oblige en conscience de reviser 
notre travail et celui de Timprimeur, et de corriger les 
imperfections que Tun ou Tautre peuvent presenter. 



P. I, v. 6. — Pour la mesure, trop souvent vioMe par le 

vieux trouv&re ou par son copiste, il sem* 
ble qu'il vaudrait mieux lire qu'iert, 

— V. 7. — Au lieu de Salvet, lisez Saluet. 

8. 



go OBSERVATIONS SUR LE TEXTE 

P. 2, V. 25. — II sexnble que le ms. porte Od Deu. 

— V. 33. — Lisez mult i vindrenU 

P. 3, V. 38. — A la place d*est, mieux vaudrait erU 

— V. 41. — Lisez rti5fff. 

P. 4, V. 55. — On peut lire aussi nepurtant. 

— V. 68. — lei? 

— V. 94. — On peut ^galement lire cisle. 

P. 5, V. 95. — Le c ou le f 6tant indistincts dans les an- 

ciens mss., on peut substituer eel k teL 

P. 6, V. 100. — Peut-fitre faut-il lire Voidie, 

— V. X X 5. — L'apostrophe doit etre transpose ainsi : 

qu'es. 

P. 7, V. 123. — Lire«/if. 

— V. 1 38* — Changez le second mot en ureisuns. 
P. 8, V. 1 57. " Substituez grant k grand, 

P. 10, V. 20X. — Li. 
P. II, V. 204. — Dune? 

— V. 209. — Lire veil* 

"^ V. 2 1 5. -^ Mieux vaudrait ne s*en feignent, 

— V. 221. — Dune s'elsjmaient? 
P. 1 3, V. 255. — Lisez Tair. 

— V. 264. — Le ms. porte roeheit, 
P. 14, V. 283. — Lisez soens, 

P. 17, V. 329. — Seignurs, vus. 

— V. 3 3 1. — Lire cunrei. 

— V. 339. — Dist, 

P. 18, V. 352. — Lisez prenget. 

— V. 368. — En eel leiu? 



OBSERVATIONS SUR LE TEXTE 9I 

P. 19, V. 372. — Que il eirent? 

— V. 385. — Peut-fitre metent. 

— V. 388. — A chescune, 
P. 20, V. 392. — Lire ter:( di, 

— V. 395. — // Hus est doui{ e prus. 
P. 21, V. 416. — Quanque 

— V. 422. — Lisez n*i. 

— V. 426. — Lisez i fras. 

P. 23, V. 457. — Lire /MtgTtetY. Le point et le guillemet doi- 

vent £tre remont^s au vers pr6c^dent, 
qui termine le discours de saint Brandan, 

P. 28, V. 564. — Accent aigu sur abes, 

— V. 568. — Lirons-nous r^n^ua^e^^. 

— V. 575. — Le ms. porte qui, k traduire sans doute 

par qu^if pour quHL 

— V. 576. — Mais nepurtant? MSme question concer- 

nant le vers 628, p. 3x. 

— V. 577. — E ad? 

P. 3o, V. 6o3. — ^' Liscz periseint, 

— V. 622. — Terminez ce vers par une virgule. 
P. 3 1, V. 637. — Lisez ad os. 

P. 32, V. 646. — Lisez sedeillus. 

— V. 664. — Il est presque inutile de faire observer 

qu'il faut lire seigne. 

P. 33, V. 673. — Lisez suth* 

P. 34, V. 688. — Lire moine* 

P. 35, V. 707. — Lisez verseilant, comme au vers suivant. 

P. 36, V. 743. — Wgts d€Uctucu:L, Lis&ziDeDeusnusvient, 

el ne savum, et terminez par une virgule. 



92 OBSERVATIONS SUR LS TBXTE 

P. 36, V. 748. — II semble qu'il faille lire uvrer. 
P. 37, V. 755. — Lisez lavum, sans apostrophe. 

— V. 765. — Lire ousum. 

P. 38, V. 775. — Remplacez le point d'interrogation par 

un point et virgule. 

P. Bg, V. 797. — Lisez Que Id les ad. 

— V. 808. — Lire alelet? 

— V, 814. — B, prioutpur, 

— V. 829. — Peut-^tre a/?arei7ef . 

— V. 83o. — Funt la ceine. 

P. 42, v. 854. — Enlevez les crochets, le mot fin dtant 

dans le ms. 

— V. 860. — a streit, 

— V. 864. — Ne dutei rien, 
P. 44, V. 902. — Lisez grant. 

— V. 928. — A, teste veient^ 
P. 46, V. 941. — Q. cum espii(. 

— V. 951. — Peut-^tre meile{ 

— V. 954. — Lisez averer. 
P. 47, V. 963. — Lire qu'i. 

— V. 976. — Peut-etre j7ttroc. 
P. 48, V. 997. — A, de teus, 

P. 52, V. 1070. — Desqu^es nues. 

P. 54, V. 1 109. — Le ms. semble porter ampose. 

— V. mo. — Lisez iin[^] or, 

P. 55, V. 1 144. — Le dernier mot a deux m. 

-- V. 1 147; — Au contraire boffs n*a qu'unc seule/^ 
P. 56, V. 1 148; — Halcet'la sus? 



OBSERVATIONS SUR LE TEXTS g3 

P. 56, V. 1154. — Lirons-nous enprent en un seul mot? 

— V. 1 1 59. — Une virgule ferait bien k la fin de ce vers. 

— V. XI 64. — MSme observation. 
P. 57, V. 1 1 76. — Antre tristur? 

— V. 1 177. — De^onf^^Le passage entier est fort obscur. 

— V. 1 188. — Vindrent-i tost, 
P. 58, V. 1 197. — Lisez Vourent, 
P. 59, V. T220. — Vindrent-i la? 

P. 60, V. 1 24 1. — II est bien Evident que estel pour estet 

est une faute d'impression. 

P. 62, V. 1278. — Lisez celet, 

P. 64, V. 1 322. — Le ms. porte qliu as tu, ce qui, traduit 

par qui liu as-tu, pr^sente un sens. 

— V. 1 323. — Lisez it en vas-tu? 

P. 65, V. 1 356. — Le ms. porte encroens^, 

— V. 1357. — Tumi tant tost, TCi^, 
P. 66 J V. 1 371. — U li perili( mi? 

P. 67, V. 1384. 1 385. — Lisez : 

Ne n'est marbres nuls itant durs, 
Nefust remis, nefust mis surs. 

— V. 1387. — ^ °^s. portQ poit, 

— V. 1389. — -4' tut. 

— V. 1390. — Puis aljusdi. 

— V. 1394. — Tanti ai? 

— V. 1397. — On lit me sente au ms. 
P. 68, V. 141 1. — Le ms. porte qiure. 

— V. 141 5. — Terminez ce vers par une virgule. 

— V. 1420. — Puurs i vent itant. 



P- 69. 
p. 70, 



OBSERVATIONS SUR LB TBXTE 

1431. — Vneue»,mt. 
1443. — Lisez Qm. 
1454. — Lire vi3. 

1463. — De ti grande. 

1464. — Cum apremout? 
1471. — Liaeijjujdi. 

1495. — DBnalems., deux points 
lent I'avant-dernier n 



'• 1499- — Liuz terce. 





<iiCHEV£ li'liM'P'njmB'H, 



POUR A. CLAUDIN, EDITEUR 



E!3-Z L'IBiT'BJSlSE'RJE "DE C. SaorTEIlOZ 

Rue du Dragon, m 3 1 

A PARIS 



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EKSW-r 



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